Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: la douleur de ne pas savoir




Il y a cinq ans, le 2 novembre 2013, nos confrères de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, en mission à Kidal au nord du Mali, étaient enlevés et tués par leurs ravisseurs. Cinq ans après, la lumière n’a toujours pas été faite sur les circonstances précises de leur assassinat, ni sur le mobile précis de leur enlèvement. Une situation insupportable pour leurs proches.

Malgré deux déclassifications partielles de documents classés secrets défense, et la visite du juge français à Bamako au début de l’année, les questions fondamentales demeurent. Et pour la mère de Ghislaine Dupont, Marie-Solange Poinsot, c’est toujours insupportable. Car cinq ans après, le souvenir est quotidien, les questions aussi.

« Du fait que je ne sais pas les tenants et les aboutissants de cet horrible assassinat, quelquefois, je me prends à penser qu’elle va rentrer. C’est vrai qu’on dit que ça fait cinq ans. Mais cinq ans pour moi, ça ne veut rien dire. Parce qu’une grosse partie de ma vie s’est arrêtée au 2 novembre. Et je ne compte pas les jours, je ne compte pas le temps. Je vois simplement que ça s’écoule, ça s’écoule et qu’on reste sur ces questions. Quand c’est arrivé, j’avais 83 ans. J’ai plus de 88, maintenant. Et j’en suis toujours à me dire « Gisou, à 13h, elle était toujours vivante et 1h30 après, elle ne l’était pas. » C’est quelque chose d’horrible. Et je pense les pires choses et c’est ça qui me ronge. Et je voudrais vraiment savoir la vérité. »

Un deuil rendu impossible par toutes les zones d’ombres qui persistent. Et le temps qui passe ne change rien. La douleur d’Apolline Verlon, la fille de Claude Verlon, est toujours aussi vive.

« Cette année particulièrement, j’ai l’impression qu’une vague m’a attrapée et m’a ramenée au 2 novembre 2013 et tout ce chemin que j’ai dû parcourir jusqu’ici, c’était « peanuts ». Enfin… plus le temps passe et plus cela nous éloigne d’eux. Et c’est difficile de faire son deuil, justement, quand on ne sait pas ce qui s’est passé. Vos amis, votre famille vous disent : « Allez, on tourne la page, il est avec toi. Il est là, il est présent, etc. » Mais quand on ne sait pas ce qui s’est réellement passé, quand tout est possible, quand on peut tout imaginer, c’est hyper compliqué de refermer l’histoire. On a besoin d’une chute, on a besoin de mettre un point. Et pour l’instant ce n’est pas le cas. »




Pour les amis et collègues de Ghislaine Dupont et Claude Verlon aussi, le souvenir de ce 2 novembre 2013 est une blessure tenace. « Je pense que, comme tous ceux qui ont vécu ce drame, il y a un avant et un après et qu’il y a un bout de soi, on ne sait pas très bien où, qui est parti en même temps qu’eux. On n’est jamais plus exactement pareil après », explique Marie-Christine Saragosse. La présidente de France Médias Monde, dont fait partie RFI, estime « qu’il fallait, avec cette douleur, faire quelque chose ». Ainsi est née l’idée de créer une bourse qui récompenserait chaque année un journaliste et un techncien de reportage du continent africain.

« Quand on voit ces jeunes, quand on voit la fierté qu’ils ont à porter le nom qu’ils portent ! Mais ils savent bien que c’est la bourse Ghislaine Dupont-Claude Verlon. Ce ne sont pas des mots qui n’auraient pas de sens pour eux. Je trouve que c’est résilient. En fait, on se répare. Quand on assiste à cette cérémonie, quand on voit ces jeunes, on se dit qu’on a rendu notre douleur féconde. Et c’est peut-être ça le plus important. C’est de laisser le soleil rentrer dans les ténèbres, un peu, et c’est ça que je ressens. Il y a toujours des ténèbres, mais on a remis du soleil dedans. »

Avec RFI

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