Benjamin Mampuya: « La communication pré-électorale de la plupart des acteurs politiques en RDC n’est pas assez moderne »

Le fondateur et directeur de la compagnie générale de communication (CGC), basée à Paris, analyse les enjeux politiques de l’heure en République démocratique du Congo (RDC), notamment les futures élections, sur le plan de la communication. Entretien.

 

(L.C.K.) : Vous êtes un spécialiste de la communication d’influence en Europe et en Afrique. Que peut-on comprendre par ce concept et comment intervenez-vous auprès des politiques et gouvernement africains ?

Benjamin Mampuya (B.M.) : la Compagnie générale de communication (CGC) est une agence de communication d’influence qui s’adresse aux acteurs économiques et politiques actifs sur l’axe Europe/Afrique. Nous accompagnons des institutions, organisations et personnalités africaines, dans leurs réflexions stratégiques mais également dans la production de contenu et le déploiement opérationnel des actions de communication afin de les positionner comme des acteurs les plus influents de leur écosystème. Notre intervention auprès des autorités publiques s’oriente vers la mise en place des meilleures stratégies et outils de communication qui permettront de présenter clairement leurs actions et d’être plus visibles et mieux compris de leurs publics, aussi bien de la population, de la société civile, des acteurs économiques, des membres de la diaspora, des investisseurs étrangers ou encore des institutions internationales.

Pour les personnalités, le travail s’attache le plus souvent à la stature et l’image. Il s’agit, entre autres, de structurer leurs expertises, de conforter et d’expliciter leurs prises de position avec comme finalité d’incarner durablement une fonction.

L.C.K. : Originaire de la RDC, comment analysez-vous aujourd’hui la communication des autorités du pays sur le plan national et international ? Quels sont, selon vous, les messages qui sont émis ?

B.M. : La communication des autorités congolaises est intimement liée à l’image du président actuel. Le chef de l’État n’est pas un adepte de la politique spectacle, il se distingue par la parcimonie avec laquelle il orchestre ses prises de parole. En dix-sept ans de pouvoir, il n’a tenu que trois conférences de presse et n’a accordé que de rares interviews aux médias étrangers. Par ricochet, cette stratégie déteint sur la communication de son gouvernement dont les actions et les positions sont souvent rendues difficiles à lire. En août dernier, lorsque le parti de la majorité a dévoilé le nom de son candidat pour l’élection présidentielle prochaine, cette annonce a été favorablement accueillie par la population congolaise et par la communauté internationale. Le président congolais a tenu son engagement et conformément à la Constitution, il ne s’est pas présenté pour un nouveau mandat. Cette décision a eu un impact positif sur son image et sur celle de son gouvernement. Mais l’effet est vite retombé car cette communication n’avait pas été préparée. Les communicants au sein de la majorité n’ont pas su tirer profit de cet élan de « bienveillance » pour repositionner l’image du président sortant et de son gouvernement. Un travail qui aurait aussi pu être profitable au candidat de la majorité désigné pour cette élection, qui va souffrir de cette non-communication. C’est un handicap par rapport à ses concurrents qui, eux, semblent avoir essayé de structurer leur communication et intégrer le jeu médiatique. Sur le plan politique, une transition se prépare, s’anticipe et il en va de même pour la communication qui va accompagner cette passation. Mais comme toujours, lorsqu’il s’agit de la communication de la RDC, les autorités semblent naviguer à vue, en s’inscrivant passivement en réaction aux événements, alors qu’elles devraient pleinement maîtriser leur agenda de communication. C’est très étonnant de la part du pouvoir, alors que partout au monde, les hommes publics travaillent main dans la main avec des équipes de communication rodées.

L.C.K. : Parlant des élections, quelle analyse faites-vous de la communication pré-électorale de certains acteurs politiques de la majorité et de l’opposition ? 

B.M. : Je pense que la communication pré-électorale de la plupart des acteurs politiques n’est pas assez moderne. Que ce soit pour les candidats de la majorité ou ceux de l’opposition, la communication reste trop superficielle et clivante, au risque de friser le populisme. Cela me fait penser aux campagnes qui étaient effectuées il y a une dizaine d’années et qui malheureusement ne sont plus adaptées de nos jours. Ils ont conservé les mêmes méthodes de propagande avec des messages au contenu souvent très pauvre. Répéter un slogan ne suffit pas, il faut affirmer des projets avec une communication influente, efficace et qui utilise des moyens variés pour toucher tous les électeurs, partout dans le pays. La seule innovation notable de ces candidats est l’usage des réseaux sociaux pour communiquer.  D’un point de vue global, on peut malgré tout saluer la capacité des acteurs de l’opposition à faire du buzz, jouant sur une posture de victimisation qui leur a sans aucun doute déjà permis de gagner la bataille médiatique. Et même si on peut préciser qu’historiquement la presse internationale est favorable à l’alternance, on note que les leaders de l’opposition ont plus de facilité et d’arguments pour mobiliser les différents médias et faire passer leurs messages. A contrario, ce à quoi le gouvernement montre une incapacité à pouvoir répondre, que ce soit sur le plan de l’argumentation ou des forces mobilisées. On l’a vu lors des rejets des dépôts de candidature. Sur le plan politique, ces épisodes montrent la faiblesse de la classe politique congolaise. Sur le plan de la communication, ces quelques jours de perturbation ont permis de mettre en lumière les forces et faiblesses de l’ensemble des protagonistes de la campagne présidentielle. Par leurs facultés ou non de mettre en avant leur positionnement, d’asseoir leur légitimité et de mobiliser autour de leurs objectifs.

L.C.K.: Justement, comment la communication d’influence peut-elle être utilisée en cette période électorale en RDC ou ailleurs ? Quels en sont les grands principes et les grandes orientations ?

B.M. : En période de campagne, une agence de communication d’influence n’intervient pas uniquement pour trouver le meilleur slogan et réaliser la plus belle affiche pour un candidat. Notre mission est bien plus large, avec notamment la mise en œuvre des solutions de communication variées les plus pertinentes afin d’obtenir le soutien du plus grand nombre d’influenceurs (des acteurs locaux et internationaux) en faveur du candidat.

Les mécanismes d’influence lors des campagnes électorales, dans la majeure partie des pays du continent africain, sont différents de ceux que l’on peut rencontrer en Europe. En Afrique, l’origine ethnique du candidat reste encore très souvent une composante importante dans le choix des électeurs. Autre facteur de poids : le soutien indispensable des « vieux éléphants », ces personnalités omniprésentes qui tiennent les rênes des partis politiques depuis des années. Ce qui rend notamment difficile de voir en Afrique l’accession au pouvoir d’un jeune challenger – façon trajectoire « Macron » – sans coup d’État. Par ailleurs, les outils de communication ne sont pas tous adaptés pour s’adresser à l’ensemble des citoyens en tout point du territoire. En effet, on ne communique pas et on ne mène pas une campagne de la même façon dans les grandes métropoles et dans les provinces éloignées, où il n’y a ni eau ni électricité, où les routes sont quasi impraticables. Enfin, plus spécifiquement pour la présidentielle, il est encore essentiel de prendre en compte le poids de la « communauté internationale ». Certains ont annoncé la fin de la France-Afrique, d’autres attestent qu’il y a de nouveaux invités à la table, comme la Chine, la Russie ou encore les pays du golfe. Après avoir intégré tous ces éléments contextuels, l’Agence de communication d’influence doit construire le storytelling et mettre en place des actions qui vont permettre à un candidat d’avoir la légitimité et les soutiens nécessaires pour mener à bien sa campagne.

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