Brésil: certes libre, Lula n’est «absolument pas libéré de toute inculpation»

L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été libéré de prison, vendredi 8 novembre à Curitiba. Mais il n’est pas encore au bout de ses ennuis judiciaires. Trois questions à Laurent Vidal, du Centre de recherche sur le Brésil colonial et contemporain (CRBC/EHESS).

Lula a été acclamé par une foule de partisans à sa sortie de prison vendredi. L’ancien président brésilien avait été incarcéré en avril 2018, après sa condamnation à huit ans et dix mois de prison pour corruption. Mais le Tribunal fédéral suprême a mis fin à l’emprisonnement obligatoire des condamnés tant que tous leurs recours ne sont pas épuisés, ce qui a ouvert la voie à cette libération.

 L’ancien dirigeant du Parti des travailleurs est libre. Est-il pour autant dégagé de toute procédure judiciaire ?

Laurent Vidal : C’est une libération temporaire. C’est en attendant que l’ensemble des procédures arrivent à leur terme. Il ne faut pas qu’on se trompe d’enjeu ; ce que le Tribunal fédéral suprême a décidé, c’est qu’on ne pouvait pas commencer sa peine en prison tant que l’ensemble des recours n’avaient pas été à leur terme. Donc, Lula vient de sortir de prison, c’est-à-dire qu’il a fait une demande à la juge qui s’occupait de son cas, et elle a autorisé sa sortie. Mais que l’on soit très clair là-dessus, pour l’instant il n’est absolument pas libéré de toute inculpation. Il y a plusieurs procédures en cours organisées par la défense de Lula, on ne sait pas combien de temps cela peut prendre. Cela peut être assez long.

Cette libération temporaire est donc avant tout symbolique ?

Il y a un décalage entre la réalité juridique de cette décision, qui ne change rien au fond de l’affaire – il reste toujours, pour l’instant, sous le coup d’une inculpation pour la prison – et de l’autre côté cette émotion très forte. Cette dernière renvoie à une attente extrêmement forte et aussi, je dirais, au sentiment d’une justice partielle ou partiale, dans le sens où d’autres partis politiques ont, eux aussi, affaire à des procédures de corruption et que peu de personnes ont été inculpées. C’est-à-dire qu’il y a eu une sorte d’acharnement judiciaire contre la personne de Lula. Et très clairement, beaucoup de Brésiliens trouvaient cela absolument inadmissible. Aujourd’hui, cette sortie est vécue comme une véritable libération.

Un nouvel espoir pour ses partisans ?

Lula, c’est quelque chose. La personne, aujourd’hui, a cédé la place au « personnage ». Le fait d’être passé par la prison fait de lui un mythe qui est en train de sortir. Il explique d’ailleurs, dans les interviews qu’il a données lorsqu’il était en prison, que sa personne importe peu. Ce qui importe, ce sont les idées, la défense des plus faibles, du peuple ; c’est cette espérance d’un monde plus juste, qui soudain retrouve de la vigueur. Après presque un an de gouvernement Bolsonaro, ce sont des appels constants. Si ce n’est à la vengeance, du moins on monte les Brésiliens les uns contre les autres, il y a un appel à la violence. C’est tout ça, ce gouvernement. Et soudain, voici quelqu’un qui ressort avec des paroles de paix, d’apaisement. C’est fascinant, parce qu’on n’a pas affaire à un gouvernement qui cherche à apaiser quoi que ce soit.

Catégories Entretien

Laisser un commentaire