Burning Spear, un des derniers survivants de la tradition rasta




Burning Spear, de son vrai nom Winston Rodney, entretient soigneusement le mystère qui entoure son enfance. Né à St Ann’s Bay, la patrie de Marcus Garvey, au milieu des années 1940, il a vécu, comme beaucoup de jeunes jamaïcains, avec ses parents dans des conditions très pauvres où la survie dépend de la capacité des enfants à faire toutes sortes de petits boulots (ramassage du bois, lessives pour les gens du quartier…) pour aider les familles à subvenir à leurs besoins.

Burning Spear rêve de vivre de la musique. C’est Bob Marley, rencontré au hasard sur une route de campagne en 1969 qui, à l’époque étant sous l’aile protectrice de Coxsone Dodd, l’introduit vers Studio One (1968-1969). La machine est en marche. Le premier morceau de Spear produit par Coxsone est « Door Peeper ». Ce single sous le légendaire label Studio One sera suivi d’une quinzaine d’autres, réunis par la suite en deux albums : « Studio One Presents Burning Spear » (1973) qui regroupe des morceaux produits de 1968 à 1973 et « Rocking Time » (1974), un must have. La collaboration entre Burning Spear et Coxsone Dodd dure de 1974 à 1975.

Immédiatement reconnu comme l’un des chanteurs les plus inspirés de la Jamaïque, Rodney est invité à se produire dans les clubs d’Ocho Rios, non loin de St Ann, où il fait la connaissance du propriétaire de sound system Jack Ruby. Avec lui, il enregistrera à partir de 1975 ses chefs d’œuvre « Marcus Garvey », « Garvey’s Ghost » et « Man in the Hills » (signés en distribution internationale par Island Records).

Exaspéré de ne pas voir l’argent rentrer, il se sépare de ses deux choristes et de Jack Ruby en 1977 et prend en main sa production. ‘’Dry and Heavy’’ et ‘’Social Living’’ (1978) sont deux albums de grande classe, peut-être ses meilleurs. Après quoi, l’inspiration de Burning Spear perd de sa puissance, donnant encore ici et là quelques belles chansons selon une recette devenue classique.

Ses tubes tels que ‘’Marcus Garvey’’, ‘’Live in Paris’’ ou ‘’Mek we sweet’’ s’écoutent religieusement. Big Burn (comme il se fait appeler), philosophe et poète, aime à répéter : « Mon message est comme la nourriture quotidienne que nous mangeons ».




Burning Spear signifie,  » Javelot ou lance enflammée », selon ses explications. Nom qui tire ses origines d’un vaillant Africain du Kenya, Jomo Kenyatta, qui était surnommé ainsi. De ce fait, il reste fidèle à ses origines puisque, estime-t-il, il est avant tout Africain. Pour cette raison, il est toujours disponible pour l’Afrique et il le sera toujours. « J’y suis toujours bien accueilli et j’y suis chez moi », aime-t-il affirmer.

Végétarien mangeant aussi du poisson et croyant à la bienveillance de Jah (Dieu), Burning Spear est resté fidèle à la tradition du reggae, celle au son lourd, avec les cuivres et toute la panoplie en voie de disparition. 73 ans aujourd’hui, il est l’un des derniers rescapés de la période faste du roots des années 1970 à 1985. Il n’a pas fait que traverser cette époque, car il a contribué largement à écrire la grande histoire du reggae. Burning Spear est une voix qui fait frémir à coup sûr par des morceaux absolument sublimes qui ont posé les fondations du reggae aux côtés de Bob Marley.

Aujourd’hui, après vingt albums et des milliers de concerts, Burning Spear reste, avec son style puissant et dépouillé, la valeur la plus sûre du reggae roots. Sa reconnaissance mondiale est même parvenue jusqu’aux Grammy Awards puisqu’il en a gagné deux.

Adiac

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