Conférence-anti-thèse: le livre « Le génocide des Laris au Congo » débattu à Paris




Au lendemain du 60e anniversaire de la République du Congo, Paris a accueilli, le 29 novembre, un débat autour de l’ouvrage de Dominique Kounkou, organisé par le Club France Libres Propos.

Dans l’amphithéâtre Rouge de l’école Optimal Sup-Spé, trois intervenants ont partagé, avec le public parisien, l’opportunité de dialoguer sur le livre de Dominique Kounkou qui affirme que le Congo aurait connu un génocide. Tour à tour, Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE, Asie Dominique de Marseille, journaliste à la télévision nationale du Congo et directeur général du journal « Le Choc » et Odilon Obami, juriste, auteur de deux essais : »Evolution des droits de la femme au Congo » et « Plaidoyer pour le changement des mentalités au Congo », ont alimenté la diversité des approches.




Pour son propos introductif, Emmanuel Dupuy a présenté le livre comme contenant un certain nombre d’imprécisions et de contrevérités. En substance, le contexte et le moment choisis par l’auteur ne concourent pas à l’unité nationale. « Il n’y a pas un Congo du nord ni un Congo du sud mais un Congo uni sur l’étendue de 342 000 km2 à l’heure où l’Afrique tente de s’approprier ses frontières après le morcellement imposé à la conférence de Berlin », a-t-il rappelé. Face à la situation géopolitique dans la sous-région du Bassin du Congo, il a qualifié le Congo comme étant « un havre de stabilité »« en comparaison avec son voisinage, le Congo s’inscrit dans un temps plus long que celui de ses voisins ».

En tant que faiseur d’opinion, Asie Dominique de Marseille aurait bien voulu que l’ouvrage en question soit « une fiction de mauvais goût ». Hélas ! l’auteur a bien décrit ce qui serait pour lui la réalité en inscrivant des incohérences dans son œuvre. « Que vient faire le Congo sur la liste de quatre génocides déjà connus et référencés dans le monde ? », s’est-il interrogé. En examen des propos approfondis, le journaliste a étayé le livre à la fois sur la forme et le fond. Par exemple, la photo initiale de la couverture est celle prise au Ghana, choix peu pertinent pour écrire sur le Congo. Sur le fond, séquences vidéo à l’appui, Asie Dominique de Marseille a démontré que l’auteur ne peut pas affirmer que Ntoumi est une fabrication du président Denis Sassou N’Guesso. L’origine de la haine des Laris et des gens du nord n’est pas établie et semble non fondée. Enfin, la théorie du « larisme » ou le génocide économique ne serait que de pures affabulations de l’auteur. « C’est un photomontage, destiné à diviser, que je dénonce ici, à Paris, ville des lumières », s’est-il insurgé. Les mots ont un sens. « Affirmer que les Laris ne meurent qu’à l’issue de génocide, c’est une affirmation qui n’engage que l’auteur qui ignore que l’on peut mourir aussi de paludisme », a soutenu Asie Dominique de Marseille.

Portant sa touche juridique, Odilon Obami a rappelé que  « le génocide est une destruction méthodique d’un groupe humain »En appui de cette définition, « il n’y a pas eu génocide au Pool », a-t-il déduit. Et d’expliquer qu’il n’y a pas eu de plan concerté pour détruire une catégorie de personnes données au Congo. « Lorsque l’auteur parle des Laris, ce n’est pas une ethnie, c’est une tribu, fragment du groupe « Kongo », croisement de plusieurs tribus. Comment comprendre que ce plan concerté aurait été programmé depuis 1959 et que les Laris ne soient pas exterminés ? », s’est interrogé le juriste, affirmant que « Dominique Kounkou s’est égaré, il s’est trompé ». Déplorant l’absence de son homologue Dominique Kounkou, il a confié que « lorsque l’on est écrivain, on doit avoir la maîtrise de sa plume et de ses états d’âme pour éviter de sombrer dans des envolées hystériques qui mettent à mal l’unité nationale, la cohésion nationale, facteurs de développement d’un pays ; aucun pays au monde ne peut se développer sans cohésion nationale. Nous sommes différents mais nos différences ne nous empêchent pas de vivre ensemble ».




Les conférenciers ont affiché une conduite du « vivre ensemble » face à ce qui pourrait paraître comme « une incitation à la haine ». De l’avis de tous, que ce soit dans la démarche journalistique ou juridique, Asie Dominique de Marseille et Odilon Obami ont transcendé les affirmations contenues dans le livre et offert des preuves contradictoires en demandant à mieux nommer les choses.

« Que l’on soit du nord ou du sud, nous sommes tous des Congolais. Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise, tel que le rappelle une des partitions de l’hymne congolais », a conclu Odilon Obami.

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