Fespaco: «Les charognards nettoient la Cité»




C’est l’histoire d’un cousin qui vient de décéder et où l’on ne trouve pas de place pour l’enterrer dignement. Toutes les religions seront sollicitées dans cette comédie burkinabè sur le vivre ensemble se heurtant à l’intégrisme naissant. Heureusement, une bande de jeunes a gardé le cœur à la bonne place… Le titre « Duga » signifie « charognards » en bambara, une des trois langues parlées dans le film avec le français et le mooré. Bien connu au Burkina Faso pour sa sitcom à succès « Vis-à-vis », le réalisateur Abdoulaye Dao se retrouve avec son coréalisateur Eric Lengani en lice pour l’Étalon d’or de Yennenga au Fespaco 2019. Entretien.

 L’histoire de Duga repose sur deux récits extrêmes : d’un côté, il y a le cadavre encombrant du cousin que Rasmané n’arrive pas à enterrer. De l’autre côté, il y a ce bébé jeté dans un dépotoir que les jeunes ramassent.

Abdoulaye Dao L’histoire du film, c’est une interrogation sur la vie en général, sur nos vies. La naissance est l’entrée, la mort est la sortie de la vie terrestre. Si on entrait dans la vie avec des problèmes et des difficultés comme ce bébé que personne ne veut, où peut alors aller ce cadavre que la société refuse d’enterrer ? Cela révèle un problème social important. Le tissu social est en train de se déchirer et de s’effriter dangereusement. C’est une interpellation pour qu’on commence à mener une véritable réflexion sur le tissu social.

Qui sont les « Charognards » ?

Les charognards, c’est une espèce protégée. Le charognard est l’animal qui nettoie la Cité. Il débarrasse la Cité de toutes les souillures, de toutes les odeurs. Les charognards « humains », dans le film, ce sont les jeunes. Le décor de leur café est fait d’objets de récupérations. Tout ce qui est jeté, les vieilles tôles, les motos cassées, ils se débrouillent avec pour en faire leur magnifique décor. Ensuite, ce sont eux qui vont aider à inhumer le corps. Et c’est l’un des jeunes encore qui ramasse le bébé abandonné et le rapporte à l’action sociale. En même temps, ce sont eux aussi que l’administration traite sans égard. Ce sont les « charognards » qui vont demain reconstituer le tissu social.




Quel est votre regard sur la religion ?

On a porté un certain regard sur les confessions religieuses, toutes confondues, parce que, à l’intérieur, il y a aujourd’hui de nouveaux « prophètes » qui diffusent de messages extrêmement dangereux, de messages de peur, de psychose. Et la peur et la psychose créent la haine. Tu penses que l’autre est un ennemi potentiel. Et quand la haine s’installe, après, c’est la violence. C’est ce que nous vivons en ce moment dans plusieurs de nos États, et à travers le monde.

Le public a beaucoup ri pendant la projection.

Oui, parce que je voulais traiter un sujet lourd, difficile, la mort, mais j’avais aussi envie qu’on rit beaucoup. C’est merveilleux. Au cinéma, on rit de la vie et de la mort. Pendant le tournage, au centre du Burkina, on a été beaucoup soutenu par la population. Après le Fespaco, on va faire une projection chez eux.

Cette année, trois films burkinabè sont en lice pour l’Étalon d’or. Est-ce le signe pour la bonne vitalité du cinéma burkinabè ?

Je pense qu’on remonte quand même tout doucement la pente : qualitativement et quantitativement. Et ça, c’est bien pour les années à venir. Les prochaines années, je souhaiterais que l’audiovisuel et le cinéma africains puissent atteindre un niveau acceptable et qu’ils puissent voyager dans le monde.

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