Interview: Gaétan Ngoua plaide pour la promotion de la littérature congolaise

Poète prolixe et engagé, l’écrivain congolais  révèle, à travers cet entretien accordé aux Dépêches du Bassin du Congo, le sens de l’art, son regard par rapport à la littérature de son pays et ses préoccupations d’homme de lettres.

  Gaëtan Ngoua, que faites-vous dans la vie ?

Gaëtan Ngoua (G.Ng. ) : Je suis cadre dirigeant dans une entreprise de la place puis auteur de huit recueils de poèmes, notamment  » Rêves candides », publié aux éditions Saint Honoré ; « C’est urgent » et « Mon doux peuple », publiés aux éditions Cana ; « Ode pour mon enfance », « A la cueillette des voies lactées », « Sentiers d’espérance » et « Bruits des lendemains »,  aux éditions Renaissance africaine ; et  » Mi-fleuve, mi-mer » aux éditions la Fleuvitude.

Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ?

G.Ng.: D’abord un ami du lycée devenu un frère, Pierre Saya, présentement professeur de philosophie au lycée Pointe-Noire 2. Par son truchement, un autre ami de l’université, paix à son âme, Octave Mbélé Milika, et enfin grâce à un professeur de français au lycée de Sibiti, Léon Tsimba, qui m’a fait découvrir un auteur émouvant, Tchicaya U’tamsi, à travers son poème « Le contempteur » signé dans son recueil de poèmes « Epitomé ». Ce sont donc ces pédagogues qui m’ont insufflé l’envie d’écrire.

 Y a -t- il un sujet ou une thématique qui vous tienne à cœur ?

G.Ng.: La dignité de l’homme, le Congo mon cher pays et l’Afrique. Si vous voulez avoir la clef de ma poésie, il vous suffit d’aimer le Congo, l’homme et l’Afrique.

 Depuis 1953 avec la publication de « Cœur d’Aryenne » par le premier écrivain congolais, Jean Malonga, jusqu’à nos jours, comment appréciez-vous la littérature congolaise ?

G.Ng.: La littérature congolaise est l’une des plus belles, des plus prolixes et florissantes du monde. Cependant, elle souffre du manque de visibilité et de promotion adéquate. Les écrivains se débrouillent seuls dans la production de leurs œuvres et font également seuls leurs propres promotions. C’est un énorme désavantage pour notre littérature. Ailleurs, ce sont des critiques littéraires qui font propulser les écrivains, qui font leurs promotions dans des journaux et magazines. Dans notre pays, aucun dispositif, hélas!, n’est mis en place pour relayer les efforts des écrivains. En gros, l’écrivain est abandonné à lui-même et ne peut espérer vivre de son œuvre comme en bénéficient ceux d’autres cieux. C’est une lacune qu’il faut très vite surmonter si l’on veut que notre littérature rayonne.

 Parmi ces écrivains qui vous ont précédé, quel est celui qui vous inspire le plus?

G.Ng.: Mon auteur de chevet c’est Tchicaya U’tamsi. A côté de lui, j’adore beaucoup l’écriture de Sony Labou Tansi, de Tati Loutard et celles de bien d’autres écrivains congolais.

 Dans « Mon doux peuple », l’un de vos recueils poétiques, vous écrivez : « L’art est un télescope émouvant, qui filme au-delà des âges et du temps ». Que signifie ce propos ?

G.Ng.: Dans ce recueil de poèmes, mon troisième, l’image que j’utilise pour définir l’art c’est celle du télescope et chacun de nous connaît son rôle. Pour moi, en effet, l’art a des yeux plus longs que ceux de l’homme. Comme le télescope, l’art anticipe sur les choses et les événements de la vie. C’est comme un nain qui, sur les épaules d’un géant, voit plus loin que le géant lui-même. L’art a des pieds plus lestes que ceux de l’homme. Il avance parfois plus vite que la réalité ambiante qui nous limite. Comme un télescope, l’art est une brèche ouverte sur l’inconnu, un saut dans le vide qui éclaire pourtant les réalités de la vie.

 Un dernier mot ?

G.Ng.: C’est un vœu que je formule à l’endroit de ceux qui aiment encore notre littérature. Je leur demande de s’investir dans sa promotion car, comme je l’ai dit, elle est parmi les plus belles, les plus prospères et les plus prestigieuses. Je ne voulais même pas ici parler de l’Etat puisque dans notre pays, la promotion du livre fait partie des missions d’une institution : nous avons un directeur général et des directeurs départementaux de la Lecture et de Promotion du livre dans notre pays, ça dit tout et, c’est à eux de faire leur travail, moi je n’ai rien à leur apprendre. On ne peut pas rester là à ne rien faire. Avec un peu d’imagination, les choses peuvent bouger. N’attendons toujours pas que les autres viennent nous organiser chez nous. De la même manière que nous nous bousculons pour trouver un billet pour le salon du livre de Paris, on devait avoir de telles organisations chez nous. Ça fait partie de la maturité culturelle d’un pays.

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