Invité à la CAN des africains, le Maroc du continent indéfini bouté dehors par le Bénin




« La sorcellerie, c’est de ne pas se considérer africain et participer à leur CAN » c’est le commentaire d’un africain de la Côte d’Ivoire après l’élimination de l’équipe maghrebine du Maroc par les Écureuils du Bénin. 

Les « Écureuils » ont réalisé le plus grand exploit de l’histoire du football béninois, ce 5 juillet au Caire, en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations. Les Béninois ont éliminé des Marocains ultra-favoris aux tirs au but (4-1, 1-1 après prolongations). Ils affronteront le Sénégal, le 10 juillet au Caire.

Le 5 juillet 2019 restera à jamais gravé dans l’histoire du sport béninois. C’est ce soir-là que les « Écureuils » se sont réellement installés à la table des grands du football africain. Ils ont éjecté en huitièmes de finale de la CAN 2019 des Marocains qui faisaient pourtant partie des favoris de la Coupe d’Afrique des nations.




Des Marocains trop statiquesAu coup d’envoi, les Marocains sont privés de leur capitaine, le défenseur Mehdi Benatia (forfait), tandis que l’attaquant Steve Mounié (suspendu) manque logiquement à l’appel côté béninois. Michel Dussuyer, le sélectionneur des « Ecureuils », a une nouvelle fois nettement renouvelé son onze de départ. Son mot d’ordre : serrer les rangs.

Le Béninois Moïse Adilehou a ouvert le score face au Maroc.Suhaib Salem/Reuters

Et ça marche, en première période. Au point d’exaspérer Hervé Renard, le coach adverse, qui s’en prend vertement à ses attaquants, Nordin Amrabat en tête. Son équipe ne parvient en effet pas à prendre de vitesse une escouade béninoise certes très maladroite lors de ses rares contre-attaques mais très solidaire et bien regroupée en défense. Seul Hakim Ziyech tire son épingle du jeu avec quelques passes, tirs (11e minute, 28e), coup francs (35e) qui mettent la pression sur le portier Saturnin Allagbe, remplaçant d’un Fabien Farnolle blessé.

Moïse Adilehou montre la voie

En deuxième période, les Maghrébins sont rapidement punis de leurs errements. A la 54e minute, sur un corner venu de la droite, Moïse Adilehou est laissé un peu trop seul au point de penalty. Le défenseur reprend le ballon du plat du pied droit : 0-1. Yassine Bounou, le gardien marocain, resté cloué sur sa ligne ne peut que constater les dégâts.

Vers l’heure de jeu, Sofiane Boufal entre à la place de Younès Belhanda pour dynamiser le jeu de la sélection du Maroc. Au bout de quelques secondes, le petit milieu offensif se met en évidence avec un débordement et, juste après, une tête piquée (60e). Le Prix Marc-Vivien Foé 2016 tente ensuite un tir surprise, d’un angle fermé. Mais Allagbe veille (68e).

La fatigue des Béninois, alliée des Marocains

Le temps passe et la fatigue vient rattraper des Béninois qui ont disputé leur dernier match trois jours plus tôt. Le milieu de terrain Jordan Adeoti, pas assez lucide, tente un dribble risqué devant sa surface de réparation et Mbark Boussoufa. Ce dernier s’empare du ballon et le glisse à Youssef En-Nesyri. L’avant-centre, si maladroit jusque-là, marque enfin : 1-1, 76e.

Le Marocain Youssef En-Nesyri a marqué pour les Lions de l’Atlas contre le Bénin.Mohamed Abd El Ghany/Reuters

La suite ? Une bouillie du football. Les Ouest-Africains luttent avec la dernière énergie. Ziyech a plusieurs occasions de faire la différence, comme sur ce coup franc boxé par Allagbe (86e). Mais il était visiblement écrit que le pensionnaire de l’Ajax Amsterdam ne serait pas le héros du soir. Durant les arrêts de jeu, le numéro 7 gâche le penalty de la victoire, obtenu par Achraf Hakimi, en envoyant la balle sur le montant gauche du Bénin : 1-1 à la fin du temps règlementaire…




Khaled Adenon pète les plombs

Les prolongations ne sont qu’une longue souffrance pour les Béninois. Surtout pour Khaled Adenon. Le défenseur reçoit un deuxième carton jaune, pour non-respect des consignes du très sévère arbitre Helder Martins Rodrigues De Carvalho, et voit rouge (97e). Il refuse durant quelques minutes de quitter la pelouse avant de s’en prendre à Hervé Renard et son adjoint, Patrice Beaumelle.

Hakim Ziyech, l’attaquant marocain, a manqué un penalty dans le temps additionnel du match face au Bénin.Mohamed Abd El Ghany/Reuters

Le sort de la rencontre se joue donc aux tirs au but. Lors de cette séance irrespirable, Sofiane Boufal tire au-dessus du cadre et la tentative d’En-Nesyri est déviée sur la transversale. Le Bénin n’a toujours pas remporté le moindre match en phase finale de la Coupe d’Afrique des nations. Mais il vient de gagner le respect du continent.


CAN 2019 : LES RÉACTIONS APRÈS MAROC-BÉNIN

Hervé Renard, sélectionneur de l’équipe du Maroc : « Dans le vestiaire, c’était le silence total. Pas un mot. Quelques pleurs. On était venu avec des ambitions et on a chuté. On avait la possibilité de gagner avant les prolongations. Mais on ne l’a pas fait. On s’est ensuite retrouvé à onze contre dix. Que voulez-vous de plus pour gagner un match ? Pas grand-chose… On a souvent du mal à trouver des espaces, face à des équipes qui sont très regroupées dans leur moitié de terrain. Il nous faut généralement énormément d’occasions de but avant d’arriver à marquer. Ça fait pas mal de temps que ça dure. […] Celui qui doit assumer aujourd’hui, c’est moi. »

Stéphane Sessegnon, milieu de terrain de l’équipe du Bénin : « J’aurais pu ne pas disputer cette Coupe d’Afrique des nations parce que j’ai eu une longue saison en club. Mais j’avais la conviction qu’on pouvait réussir. Je savais qu’on avait un groupe de jeunes motivés. Et puis, on avait toute la population derrière nous. Celle-ci a vibré à l’unisson, derrière notre équipe nationale. Il ne faut pas oublier par ailleurs qu’il y a tout un travail qui a été effectué. C’est vrai qu’on ne s’attendait pas à aller jusqu’en quarts de finale. En revanche, on était convaincu du fait que cette Coupe d’Afrique allait nous permettre de faire un gros travail avec la jeune génération de joueurs.»

Avec RFI

Catégories Sport

Laisser un commentaire