Jean Wilfried Djaha : « L’immigration est un fléau qu’on ne pourra pas contenir totalement »

L’artiste plasticien, professeur d’art plastique à Abidjan, en Côte d’Ivoire, expose depuis le 2 avril à l’Institut français du Congo de Brazzaville sur le thème « Souffle et immigration » à l’occasion du Festival international du livre et des arts francophones. Dans cette interview qu’il a accordée aux Dépêches du Bassin du Congo, il exhorte l’Africain à rester chez lui au lieu de penser que le bonheur est toujours ailleurs que chez soi. 

 

  Pouvez-vous nous parler de votre exposition ?

Jean Wilfried Djaha (J.W.D) : Je présente vingt tableaux qui retracent le parcours des migrants et leur état d’âme, tout ce qu’ils endurent pendant la traversée. On peut retrouver dans cette toile des coupures de presse, de collage de fils à coudre, d’autres matériaux que des matériaux académiques. Parce que j’ai cette envie d’innover, de ne pas toujours rester dans l’académisme. L’intégration des coupures de presse, c’est pour exprimer ces voyages-là aussi entre les écritures. Ces informations qui nous embobinent à tout moment et qui nous font croire que l’autre côté est mieux que là où nous sommes.

 Certes, l’immigration est la toile de fond du thème de cette année, mais pourquoi enfoncer le clou à travers cette exposition ?

J.W.D. : Aujourd’hui? l’immigration est un fléau qui ne touche pas que l’Afrique mais aussi le monde entier. Avec tout ce qui s’est passé en Libye, où j’ai même perdu un proche, cela m’a marqué. J’ai pensé qu’il était temps de mettre des projecteurs sur ce phénomène-là. Et montrer un peu les effets néfastes de l’immigration, les causes et autres, pour voir dans quelle mesure on peut modérer cela en quelque sorte. Parce que c’est clair que ça ne pourra pas finir.

 Etablissez- vous aussi les responsabilités dans ce tableau sombre que vous peignez ?

J.W.D : Oui. J’établis les responsabilités. Je ne parle pas seulement de nous en tant qu’Africains parce que ça ne dépend pas seulement de nous. Il y a la politique qui s’ingère là-dedans ; cela crée tout cet embouteillage.  Il est donc temps qu’on essaie de gérer certaines choses au niveau politique. Je pense c’est cela qui pourra résoudre peut-être ce problème.

 S’il vous était demandé d’interpeller les grands de ce monde, que leur diriez-vous ?

J.W.D. : Je leur dirai de revoir simplement les conditions de vie des Africains, les conditions d’exploitation des richesses que regorge le sous-sol de notre continent. C’est cette richesse qui attire les Occidentaux en Afrique. Elle est pillée, appauvrissant la population qui est obligée d’aller voir ailleurs. Il serait temps que certaines autorités reprennent conscience face à ces Africains qui meurent au quotidien croyant trouver le bonheur en Europe, alors que le vrai bonheur c’est chez soi.

 Il y a un point important. Ces enfants que ces femmes emmènent avec elles…

J.W.D. : J’aborde cela dans mon exposition. C’est triste. J’ai vécu un peu cela avec la guerre en Côte d’Ivoire, en 2010. Il est difficile de voir qu’un bon matin, ton père te dise « Lève-toi. On part ». Qu’est-ce que cet enfant retient de la vie ? Quel est le souvenir qu’on lui laisse ? Ce sont tous ces faits que j’évoque à travers cette exposition.

 Pour terminer…

J.W.D. : Je dirai que l’immigration est un fléau qu’on ne pourra pas contenir totalement. Il faut mettre des balises et voir comment réglementer certaines parties pour que l’Africain se sente bien chez lui. Et qu’il ne retrouve pas le bonheur ailleurs.

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