Le jour où j’ai glissé 5 « bâtons » de Mustang à un policier pour accéder au stade la révolution et suivre le match Inter- Étoile




C’était la belle époque, moi, fils de militaire avait pour équipe Inter Club qui s’entraînait non loin de chez moi. La veille aux entraînements, un joueur surnommé « Libolo Ya Mère » avait promis le calvaire aux steliens, et on était tous convaincus de les corriger.

Inter Club pouvait compter sur ses Didier Kabala, Moukakounou Janvion, Bongo Guelor, Makola, Boumpoutou ( Makutu Ma Mbwa) et j’en passe.

Les militaires qui assuraient la sécurité étaient nos grands qu’on côtoyait chaque jour aux casernes du Camp 15 Août, lieu de notre résidence aussi. L’un d’eux m’a promis l’accès au stade moyennant son « Chimbok ».

Une fois dans le stade, je me suis retrouvé dans la tribune réservée normalement aux supporteurs de CARA avec d’autres supporteurs d’Inter Club dirigés par le défunt animateur Mougnam.

A notre gauche, nos adversaires stéliens étaient convaincus de leur victoire et nous chantaient quelques « mbwakelas ». Nous autres, supporteurs d’Inter, manquions d’adversité comme ceux de CARA, DIABLES NOIRS et ÉTOILE.




Une fois que l’arbitre Ondziel, boudé par ailleurs par les Stéliens a donné le coup d’envoi, mon Inter a pris le contrôle de la partie et très vite, les décisions arbitrales ont commencé à agacer les Stéliens qui se sont mis à chanter contre les militaires.

L’arbitre Ondziel, adjudant chef de l’armée vivait comme moi au camp, mais Ornano. Donc, à deux pas du lieu d’entraînement d’Inter. Lui que les Yaka Dia Mama, accusaient de rouler pour les Stéliens, étaient cette fois-ci la cible des derniers. C’était le beau Congo que j’ai vécu.

On s’insultait au stade, mais une fois dehors on oubliait tout au profit juste des commentaires. Malgré leur grande animosité, jamais je n’ai appris une bagarre entre un supporteur Stélien et Diablotin, moins encore avec celui de CARA.

J’étais encore mineur et il fallait jongler à la maison comme au stade pour ne pas en subir les conséquences. «  J’étais au stade avec tonton X ou Y » était la justification quand on ne pouvait nier l’évidence.

A cette époque, où nous vivions avec une insouciance de gamins, traversant les quartiers sans être pointés du doigt sur ton ethnie sauf si tu draguais une fille de ces zones.

Le foot était une vraie passion et le Congo était mille fois mieux qu’aujourd’hui. J’ai souvent la sensation qu’on es passé du développement au sous-développement. Lors des matchs de mwana foot dans nos quartiers respectifs, un Lari adoptait facilement le nom de Ngapy ou Tout Bouge sauf s’il est Yaka Dia Mama.




Aussi, à part le foot, on avait de l’eau, de l’électricité, la santé et l’école gratuites. On mangeait trois fois par jour et j’ignorais même les ethnies de mes voisins. Le savoir ne passait jamais dans nos esprits.

Avec le recul, j’ai compris que dans ces années-là, le Congo profitait encore du système laissé par le colon et le communisme( bonne éducation, respect des aînés, souci du travail bien fait, respect du bien public etc).

Ceux qui ont vécu cette belle époque incarnent à nos jours ces valeurs sauf évidemment les victimes de la politisation tribale. Ceux-là, sont tout simplement faibles.

Lors de mon dernier séjour au Congo, un ami d’enfance au nom de Mayama m’a invité chez lui dîner. Évidement après la bêtise de 1997, rien que par son nom, je le situais dans le Pool. Mais, dans les échanges, j’ai été surpris d’apprendre que nous étions les deux de Mouyondzi.

Il m’a appris comment, il était fier de moi dans ma promotion de la musique béembée. Lui et moi, avons déjà des cheveux blancs, et c’est à nos 40 ans, qu’on a su nos origines.

Malgré le vacarme des Stéliens, mon équipe Inter Club les avait endossé 2 buts. Étoile du Congo devrait rencontrer Patronage et nous V Club de Loubaki Pamba Pamba le week-end suivant.

C’est avec peine que j’ai appris lors de mon premier voyage au Congo en 2008, la mort du vieux Mesmin dit Toubilandu, qui m’avait remis les 5 bâtons de Mustang m’ayant permis à corrompre le militaire. Le vieux Mesmin, un mokwélé de Ouesso, aurait été abattu froidement pendant la folie de 1997.

GL

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