Le pape exhorte les évêques à entendre «le cri des petits qui demandent justice»




Un « Sommet sur la protection des mineurs dans l’Eglise » s’est ouvert ce jeudi 21 février au Vatican. Une réunion très attendue à laquelle participent les responsables des conférences épiscopales du monde entier. Il s’agit de trouver des solutions concrètes à la crise qui secoue l’Eglise catholique. Les travaux ont été inaugurés par le pape François, qui a fixé le cap de ces quatre jours de réflexion.

Après un long silence de recueillement, des prières et des chants, le pape, dans une ambiance empreinte d’une gravité exceptionnelle, a planté le décor de ces trois journées. La mine grave, François, entouré par les organisateurs de ce sommet, a pris la parole, inaugurant ainsi la rencontre. Le souverain pontife a fait le vœu que le mal de la pédophilie soit transformé « en une opportunité de prise de conscience et de purification ».

François n’a pas caché la responsabilité qui pesait sur les évêques invités à Rome : « Face au fléau des abus sexuels perpétrés par des membres de l’Eglise au détriment des mineurs, j’ai pensé vous interpeller pour que nous écoutions le cri des petits qui demandent justice. Le saint peuple de Dieu nous regarde, et attend de nous non pas des condamnations simples et évidentes, mais des mesures concrètes et efficaces. »

Après l’introduction du pape, cinq témoignages enregistrés de victimes ont ensuite été diffusés dans la salle du synode où étaient réunis tous les évêques. Les journalistes présents sur place n’auront entendu que leurs voix. Certaines victimes ont en effet voulu rester dans l’anonymat, explique notre envoyée spéciale Geneviève Delrue. Mais difficile de ne pas avoir la gorge serrée en les écoutant.

« Nier les plaies entraîne la mort d’autrui »

Une femme a raconté qu’elle avait subi depuis l’âge de 15 ans, pendant treize ans, les assauts d’un prêtre qui la battait et l’a obligée à se faire avorter trois fois. Un homme qui demande aux évêques de guérir les victimes. D’être avec elles, de les croire. Et ce même homme, de parler des assassins de la foi, en évoquant ces prêtres pédophiles et qui exhorte la salle d’entendre ce que le Saint-Père veut faire pour extirper de l’Eglise ce cancer des abus sexuels.

Le cardinal Tagle, l’archevêque de Manille, proche du pape, a par la suite pris la parole pour la première intervention de ce sommet. Une réflexion plutôt spirituelle sur les maux que cause l’Eglise, analyse notre deuxième envoyé spécial, Eric Sénanque : « Comment pouvons-nous professer notre foi dans le Christ quand nous fermons les yeux sur toutes les blessures infligées par les abus ? », a demandé l’archevêque philippin.

Et de s’étrangler au cours de sa longue allocution, concluant : « Nier les plaies entraîne la mort d’autrui et la nôtre aussi. » Avant d’inviter à s’approcher de ces blessures et à reconnaître les fautes de l’Eglise si ses pasteurs veulent rendre un témoignage authentique et crédible de leur foi.

« Il faut signaler les cas d’inconduite sexuelle et respecter les protocoles et les lois » a pour sa part expliqué l’archevêque de Malte Mgr Scicluna, l’un des organisateurs de ce sommet. Une directive que l’on retrouve dans un document présenté à la mi-journée par le pape et qui comporte 21 points, véritable feuille de route de cette rencontre, qui préconise par exemple la création de structures d’écoutes des victimes dans chaque épiscopat ou encore de faciliter la participation d’experts laïcs dans les enquêtes sur des cas d’abus sexuels.

Une réunion dont l’ambiance studieuse contraste avec les victimes de pédophilie qui se sont réunies devant la presse non loin du Vatican en fin d’après-midi. La plupart d’entre elles restent très prudentes sur l’issue de cette rencontre et demandent surtout d’en finir avec les discours afin que justice leur soit vraiment faite.




Une prise de conscience en cours

Le pape François sait qu’il joue une partie de son pontificat sur cette rencontre internationale. Une rencontre inédite qu’il a souhaitée en invitant les présidents des conférences épiscopales des cinq continents, François passant son temps à dire qu’il faut responsabiliser les évêques. Il avait d’ailleurs invité tous ces évêques à rencontrer au moins une fois une victime de pédophilie avant de venir à Rome.

Le pape va participer à tous les travaux de ces quatre jours, les trois premières journées seront chacune consacrées à un thème précis : la responsabilité des évêques d’abord, le fait qu’ils doivent rendre des comptes ensuite, et enfin la question de la transparence dans l’Eglise.

L’un des grands défis de ce sommet sera de dépasser les discours et trouver des solutions contraignantes pour que les ecclésiastiques mis en cause rendent vraiment des comptes. L’une des difficultés est liée à la diversité de l’Eglise, pour des raisons culturelles ou sociales, ce drame des abus sur mineurs n’est pas du tout abordé de la même façon dans les pays occidentaux que sur les continents africain ou asiatique.

Avec RFI

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