Les solutions contre le tribalisme au Congo




Notre pays le Congo-Brazzaville traine deux cancers qui sapent son développement, son unité, sa cohésion et la construction d’une Nation : La corruption et le tribalisme. 

Si les conséquences de la corruption sont décriées par-ci par-là, la société congolaise n’a pas encore pris la mesure des conséquences du tribalisme. Le tribalisme sape le bon-vivre-ensemble, il crée la méfiance entre les individus et il génère le repli identitaire.

Le tribalisme n’est rien d’autre que du racisme tropical et avec l’exemple du Rwanda, tout le monde sait comment ce mal peut dégénérer. Le tribalisme est pire que le racisme et la ségrégation en cela qu’il est sournois et se pratique avec le sourire en revêtant les habits de la normalité.

Certains congolais nient ce mal insidieux, d’autres le sous-estime et pensent qu’il suffirait de donner du travail à chacun pour éradiquer le phénomène, mais beaucoup en souffrent en silence surtout dans le monde du travail et même s’ils habitent dans les mêmes quartiers. Ceux qui osent en parler sont accusés de tribalistes ou de saper une cohésion sociale qui n’existe que sur le papier. Le politiquement correct l’emporte sur la raison. Nous l’avons tous vécu dernièrement en 2015 lors du changement de la constitution. Quand certains congolais se faisaient tirer dessus à balle réelle dans les quartiers sud, d’autres congolais dansaient le Ndombolo dans les quartiers nord.




Bien souvent, les chemins du tribalisme comme ceux de l’enfer sont pavés de bonnes intentions. On a jamais rencontré, lu, ou entendu un tribaliste qui déclarait tout bonnement sa haine de l’autre. La haine de l’autre est toujours, et bien souvent enrobée de justifications qui se veulent morales, esthétiques, et intellectuelles. Le ver est véritablement dans le fruit. Il faut détruire ce mal à la racine au risque de compromettre durablement la construction de la Nation congolaise. Pour cela il faut à la base une réelle volonté politique pour y parvenir.

Nous sommes devenus congolais, une identité définie géographiquement par le partage d’un même territoire inventé de toutes pièces ne correspondant à rien d’autre qu’au partage de l’Afrique en 1885 par les puissances européennes. Les congolais vivent donc ensemble par défaut, ils se supportent à l’intérieur des frontières qu’ils n’ont pas choisi car on ne choisit pas son lieu de naissance. Les grandes messes, les symposiums, les colloques ou les réunions sur le vivre-ensemble qui sont organisées par-ci par-là n’arrivent pas à raccommoder les communautés. Rien, mais vraiment rien ne lie un congolais à un autre congolais à part le fait qu’ils sont nés et vivent sur un même territoire. Les guerres civiles qui dévastent régulièrement notre pays sont d’origine tribale, notre armée nationale qui est censée protéger notre territoire est tribalisée à outrance à telle enseigne que près de la moitié des généraux sont d’une seule et même région.




Les bonnes intentions, le drapeau, l’hymne nationale, la carte d’identité, le passeport ou la devise d’un pays ne sont pas des symboles qui peuvent fédérés les communautés. Ce sont les bonnes valeurs en partage, le partage des richesses, l’application rigoureuse des droits et des devoirs ainsi que l’égalité devant les règles et les lois qui peuvent construire une Nation et le bon-vivre ensemble.

Il faut bâtir un  » l’État » dans lequel chacun peut se construire un destin du fait de ses capacités et non pas du fait de son appartenance ou de son origine. L’État est la seule entité juridique et politique qui garantit à tout un chacun, ses Libertés individuelles et sa contribution au fonctionnement du pays selon ses compétences et ses capacités.

PROPOSITION POUR LUTTER CONTRE CE CANCER QUI GANGRÈNE NOTRE SOCIÉTÉ.

A Brazzaville, l’occupation de l’espace montre des regroupements sur la base de l’ethnie, Bacongo, Makélékélé pour les Kongos-Laris, Talangai, Ouenzé, Mikalou, pour les Mbochis et les Nordistes ou, Mfilou pour les Bembé etc.… Sociologiquement parlant, l’occupation de l’espace au Congo est une grille de lecture de l’occupation ethnicisée du milieu urbain.
Le fait que notre pays soit devenu un pays de non-droit, un pays où certaines personnes sont devenues plus fortes que des institutions, un pays où certains assassins ou meurtriers se promènent en liberté, un pays où des opposants sont enfermées dans des prisons du fait de la seule volonté d’une autre personne, ne nous exonère pas de proposer des solutions pour traiter ce mal qui risque de nous emporter tous.

La question est : comment, sans détruire les identités clanique et ethno-régionale, faire en sorte que l’identité nationale devienne l’identité principale au-dessus de toutes les autres ?

La constitution devrait supplanter les traditions en devenant à son tour une TRADITION NATIONALE. Non seulement personne ne la respecte vraiment mais en plus on change les constitutions au gré de la volonté de certains individus.
Pour sortir notre pays du tribalisme il faut :
1. Criminaliser le tribalisme en l’inscrivant dans le code pénal avec des peines lourdes (au moins 5 ans de prison ferme), ne plus tolérer les affirmations du genre : « C’est notre pouvoir » ;
2. Soumettre toutes les nominations, les fonctions administratives, les promotions et même les affectations à un concours (de la secrétaire aux membres du protocole en passant par les Directeurs généraux). Le concours aura pour autres avantages de sélectionner les compétences pour mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et de bannir le clientélisme ou le népotisme ;
3. Mettre en place une commission de lutte contre le tribalisme, celle-ci pourra être saisie par chaque chaque citoyen victime de tribalisme. Cette commission se chargerait d’instruire les dossiers avant de les transmettre à la justice si les allégations tribales sont avérées.




A titre expérimental on pourrait confier la gestion de cette commission de lutte contre le tribalisme à des sujets étrangers comme les Ouest africains ou aux organisations internationales (BAD, UNICEF, PNUD, ect…) que nous sollicitons allègrement pour nous aider économiquement. Cette commission corrigerait les copies des concours et mènerait les enquêtes sur dossier pour rendre justice à ceux qui peuvent prouver qu’ils ont été victimes de tribalisme. Effectivement la justice devra suivre. Peu importe qui sera chargé de la tâche, le problème est dans la capacité d’exécution des sanctions, décisions ou recommandations

En revisitant notre histoire commune, il ressort clairement que nous avons dans le passé connu une évolution équilibrée des ressources humaines dans la sphère publique. C’est une réalité incontestable. Dans les années 60 et peu ou prou édulcorée dans les années 70 (cf- la critique de l’O.BU.MI.TRI portée par Ange Diawara), puis quasiment galvaudée à partir de 1980. C’est dans cette dernière période que le tribalisme sans frein a pris son élan pour atteindre son apogée de l’an 2000 à ce jour.
On ne décrète pas le bon-vivre-ensemble ; on le construit. Au contraire, nos dirigeants se sont appuyés sur la proximité ethno-régionale pour gérer et conserver le pouvoir. Force publique et administration ethnicisées, y compris les principaux postes de décision.

Aujourd’hui, le phénomène a atteint son paroxysme, certains gouvernants ne se gênent plus pour clamer haut et fort qu’ils se préoccupent du devenir de leur communauté plutôt que du devenir du pays. Les partis politiques congolais sont la preuve vivante que la majorité des congolais se regroupent par régionalisme.
Le tribalisme qui gangrène notre société est entretenu par un système politique qui y trouve son intérêt.
Il serait utopique de croire que ceux pratique le tribalisme vont s’accommoder d’un autre ordre républicain que celui qui les engraisse.

La conscription ou le service militaire obligatoire est la réquisition par un État d’une partie de sa population afin de servir ses forces armées. Elle se distingue en cela d’un enrôlement volontaire. Beaucoup de pays dans le monde ont usé de cette méthode pour favoriser le brassage des populations et construire un esprit patriotique. Notre pays étant déjà trop militarisé, il faudra penser à d’autres solutions.
Criminaliser le tribalisme pour lutter contre le recours au tribalisme dans la gestion publique

La mise en place des instruments propices au mérite (concours, élection transparente des élus politiques et de certains membres des corps d’Etat…), redistribuer le pouvoir de l’Etat vers les territoires par la décentralisation, mettre en place des instances publiques de surveillance du phénomène et pratiques tribalistes dont certaines sont tenues de rendre un rapport public annuel et accessible à tous mais mieux qui formule des propositions, mettre en place une commission permanente parlementaire pour interpeller et auditionner tout membre du gouvernement et responsable administratif soupçonné de s’être illustré en la matière, mettre en place une décoration annuelle qui reviendrait à tout acteur public décisionnaire dont l’action pourrait être considérée comme un modèle (nominations dans les cabinets, octroie des bourses de formations etc…).

Parallèlement à ces pistes, il faut impliquer l’éducation nationale dans ce projet national de lutte contre le tribalisme en soumettant, par exemple, toute fin de cursus scolaire et universitaire à une mission que l’étudiant devrait réaliser dans une autre région que celle de sa naissance ou celle où il a toujours vécu. Ce dispositif de l’Etat doit être interministériel, autrement dit doit réunir l’éducation nationale, enseignement professionnel, la jeunesse et sports, les affaires sociales sous la responsabilité du Premier Ministre.




Concrètement, un futur bachelier de Kinkala ne peut valider son examen que si au cour de ses 3 années de lycée il a réalisé une mission dans une région autre que le pool, le thème de la mission peut être sportif, musical, agricole, sanitaire comme elle peut s’effectuer dans la réhabilitation des logements de nos paysans, voire même auprès des pêcheurs dans le nord du pays. Chaque district du Congo aura un référent du dispositif, lequel organise l’arrivée du jeune stagiaire, son installation sur le site du stage, le suivi de son stage et veiller à ses conditions d’adaptation dans ce nouvel environnement. Les frais de déplacement seront pris en charge intégralement par l’Etat à travers un fond annuel du dispositif. A la fin de cette mission, le stagiaire devra rédiger un petit travail de 10 à 15 pages dans lequel il décrira le contenu de sa mission qu’il présentera et qui aura un fort coefficient.

Pour les étudiants, ce stage obligatoire reposera sur des missions toujours en dehors de sa région de naissance qui doit aussi être différente de celle de naissance de ses parents, le thème peut être librement choisi ou proposé par une instance qui sera désignée dans le cadre de ce dispositif.

La philosophie d’un tel dispositif est de préparer notre jeunesse à accepter l’autre, grâce à la découverte de ses conditions de vie et de travail, en s’y étant immergé avec l’espoir que ce jeune y trouve du bonheur. Toujours sur la piste éducative, toutes les langues et tribus du Congo doivent être révélées aux élèves à partir de la 6 ème, non pas qu’ils apprennent ces langues mais qu’ils les découvrent, situent géographiquement ces tribus sur une carte, l’objectif étant qu’ils apprennent à accepter et mieux aimer tout l’environnement culturel de la République du Congo.

Patrick Eric Mampouya

Catégories Opinion

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