Ma minute de silence pour Augustin KALLA-KALLA .

La semaine dernière, lors d’un échange téléphonique avec mon ami Gilbert GOMA , le cousin germain de notre camarade Augustin KALLA-KALLA , je demandais les nouvelles de celui-ci. Le manque de soins et de suivi après les tortures affligées par le régime de Brazzaville, avait fragilisé physiquement et moralement Augustin KALLA-KALLLA .

Le régime de Brazzaville avait atteint son objectif : Tuer à petit feu un opposant.
Ces derniers temps, Augustin KALLA-KALLA s’était réfugié dans la foi en un Dieu juste et sauveur lui donnant la certitude qu’il assistera un jour à la libération de notre pays et surtout à la grande réconciliation dans le pardon.

Il a eu des moments d’enthousiasme, comme un patient paralytique à qui le médecin annonce une éventuelle guérison.

Une image m’a bouleversé, quand la rumeur annonçait une possible sortie de son ami André Okombi Salissa de prison. Je l’ai vu esquisser quelques pas de danse comme on sait le faire sur les terres bembé lorsque la joie inonde le village.

Là encore, c’était oublier la violence d’un parti qu’il avait servi très tôt, le PCT. Ce matin, j’ai entendu la cloche de mon église sonner, c’était cette fois pour me dire que là-bas dans mon pays un frère est mort.

Au-delà de cette amitié qui s’est créée dans le combat politique de ces trois dernières années, j’avais pour Augustin Kalakala une admiration fondée sur deux faits.

Il fut un homme digne et pudique qui avait lu Alfred Vigny dans «la mort du loup», rejetant ainsi toute forme de lamentations. Mourir en silence, sans dire un mot, voilà la leçon du stoïcisme.
Il avait aussi des convictions respectables.

Il était resté attaché à son parti le PCT, pendant que l’Upads était au pouvoir. Il s’est mis à dos sa famille biologique et politique naturelle parce que, pour lui, la politique devait se faire sur une base idéologique et non sentimentale.

J’ai compris plus tard pourquoi ce fils de Mouyondzi avait choisi André Okombi Salissa.
La famille des démocrates congolais est en deuil.
Ils viennent de tuer encore l’un des nôtres.
André Okombi Salissa vient de perdre un frère dans des conditions difficiles comme celui qui est mort gratuitement en prison suite à de nombreuses tortures.

AUGUSTIN, j’aimais t’appeler Saint-Augustin, parce que j’ai longtemps retenu la leçon de ce père de l’Eglise qui écrivait: «Avance sur ta route car elle n’existe que par ta marche».

AUGUSTIN, tu nous quittes un 5 mai, c’est à cette même date, en 1972, que Fulbert Youlou meurt en exil, en Espagne. Transmets, cher Frère, au Père de l’indépendance notre respect car très tôt, il avait prédit cette décadence d’un pays pris en otage par une engeance.

Vois-tu, MBIKI DE NANITELAMIO est allé rejoindre aussi Jean Blaise KOLOLO, Germain PIMBI, MASSEMA, René SAMBA et tant d’autres qui ne verront pas ce jour tant attendu. C’étaient mes amis. L’espérance nous avait unis. Ils comprendront en te voyant que le pays qu’ils ont laissé avait renoué avec les vieux démons.

J’imagine que devant la porte du Panthéon de nos grands combattants de la liberté au Congo, tu leur diras que de l’Amérique à l’Europe, en passant par l’Afrique, le Congo, la diaspora congolaise a pris l’initiative d’écouter la Congolaise en apprenant ma mort.

Tu me diras, mon frère, que ta marche s’est arrêtée certes, mais tu sais maintenant ce que nous savons… Je vais gémir et Espérer.

Marc MAPINGOU .

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