Maixent Raoul Ominga :  » Produire c’est la plus grande bataille de la SNPC »

Le directeur général de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) estime, dans cet entretien avec Les Dépêches de Brazzaville, qu’en vingt ans d’existence, l’entreprise publique a remporté plusieurs batailles. Mais, insiste-t-il, la seule qui lui reste à gagner, c’est produire sur ses propres champs. Maixent Raoul Ominga aborde également les sujets liés à l’approvisionnement régulier du pays en produits pétroliers, au projet d’extension de la Congolaise de raffinage (Coraf), ainsi que d’autres sujets.

 

 (L.D.B.) : Que peut-on retenir du parcours de la SNPC qui a totalisé 20 ans d’existence en 2018 ?

Maixent Raoul Ominga (M.R.O.) : C’est une question importante. Je pense que la SNPC a eu le mérite d’exister. À la création, les autorités nationales, en particulier le chef de l’Etat, voulaient faire en sorte que le Congo puisse récupérer son mandat de commercialisation du pétrole qui était remis, entre autres, aux majors de l’époque, les sociétés Total et Eni. En récupérant celui-ci, avec la dissolution d’Hydro Congo, il était question, dans un premier temps, que la SNPC puisse commercialiser le brut pour le compte de l’Etat.

Ce mandat a permis au pays de gagner plusieurs batailles au sortir de la guerre de 1997. Avec l’ancien Pdg, Bruno Jean Richard Itoua, nous avons passé du temps à faire en sorte que la SNPC contribue substantiellement au financement des charges de l’Etat, notamment des salaires. Dans la même phase, on s’est appuyé sur la commercialisation. Nous avons aussi essayé de diversifier l’économie en reprenant certaines structures qui étaient presque à l’abandon. On peut citer l’usine qui fabriquait les huiles à l’époque et l’unité d’enfutage du gaz. Concernant cette dernière, la SNPC avait investi à l’époque six cents millions de francs CFA.

Lors de la deuxième phase, nous avons décidé de nous concentrer sur les métiers du pétrole, ce qu’on appelait le recentrage. Avec celui-ci, nous avons pu forer les premiers puits sur le permis Mengo-Kundji-Bindji (MKB), sous la gouvernance de M. Marie Auguste Denis Gokana. Nous avons donc pu commercialiser, continuer à travailler sur notre métier et approvisionner le pays en produits pétroliers. Les produits à la pompe n’entrant pas dans le chiffre d’affaires de la SNPC, nous assurons une mission de service public.

Vingt ans après, on peut aussi dire que la SNPC a formé des cadres. Nous sommes aujourd’hui un groupe qui emploie mille cinquante-six agents. Nous avons toujours géré le mandat de commercialisation de l’Etat et négocié avec les institutions internationales sur les questions liées à la dette adossée au pétrole. Nous avons gagné beaucoup de batailles vingt ans après. Mais, la plus grande bataille qui reste est que nous puissions réellement produire. C’est la mission que l’Etat nous a confiée. Nous devons mettre toutes les énergies au cours de ce mandat pour que nous puissions avoir les champs qui produisent comme les autres. Parce que l’avenir d’une société pétrolière, c’est l’exploitation et la recherche.

Nous avons la fondation SNPC à travers laquelle nous avons assisté l’Etat dans la création des internats dans le pays pendant les programmes de municipalisation accélérée. Ces internats ont été mis à la disposition de l’Etat et nous allons continuer à appuyer l’Etat afin que ces structures puissent continuer à former l’élite de demain.

L.D.B. : En mars dernier, vous vous êtes engagé lors de votre prise de fonction de veiller à l’approvisionnement régulier du pays en carburant. Qu’est-ce qui justifie la pénurie observée il y a quelque temps à Brazzaville ?

M.R.O. : En réalité, il ne s’agit pas des engagements mais des missions de la SNPC. Les statuts de la SNPC nous donnent la mission d’assurer l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. On ne peut pas récuser qu’il y a eu pénurie. Mais, on ne se souvient pas que depuis mars 2018, nous avons observé la régularité dans le ravitaillement des stations en produits pétroliers.

La crise qu’on a connue est due à un problème logistique. N’oublions pas la complexité du système d’approvisionnement en pétrole. C’est notre métier, nous allons l’assumer. On ne dit pas que tout sera blanc mais on fera de telle sorte que la population soit édifiée en cas de crise. Nous lui présentons nos excuses à cause du silence observé pendant la période difficile. Il ne s’agit pas d’un fait exprès, le pétrole est un produit stratégique. Nous allons faire de sorte qu’en cas de situation, nous puissions maîtriser l’information et la diffuser aux Congolais.

L.D.B. : Faire de la SNPC une société productrice de pétrole fait également partie de vos missions. Où en êtes-vous actuellement ?

M.R.O. : C’est un objectif majeur pour nous. Nous avons fait un état de lieu et pu nous réorganiser, selon la volonté du gouvernement. On a déjà nommé les cadres qui se sont directement mis au travail. Nous avons un actif important que l’Etat nous a confié pour la valorisation, à savoir le bloc pétrolier MKB. Il y a un programme de travail sérieux dans ce sens et nous avons aussi des partenaires sérieux.

Dans un premier temps, on va procéder à l’entretien des puits existants et en début 2019, on va commencer un programme de forage planifié. C’est pour la première fois qu’on voit cela dans la société. Nous avons un document stratégique qui prévoit toutes ces actions. Nous faisons juste sa mise en œuvre pour que nous puissions désormais parler de la production de la SNPC. Il y avait déjà une production, on va amplifier l’action pour que nous soyons comme les autres.

Dans le pays, Total est en tête sur la liste des producteurs. Mais, la deuxième et la troisième place, si nous travaillons sérieusement sur MKB, avec la même volonté, on aimerait qu’on ne nous regarde plus dans les années à venir comme ceux qui vendent le pétrole produit par les autres. On doit produire pour discuter sérieusement avec les autres. Si nous ne produisons pas, les autres nous regarderont autrement. Dans notre programme de travail, nous allons faire les travaux d’entretien des puits existants. Ces travaux ne se feront pas comme d’habitude et permettront de mieux planifier le programme de forage.

L.D.B. Le prix du baril de pétrole a connu une légère hausse. Pensez-vous que cette tendance permettrait d’améliorer la contribution de la SNPC au budget de l’Etat ?

M.R.O. : La tendance à la hausse du prix du baril est une bonne nouvelle pour le pays. Nous sommes en train de négocier un programme avec le Fonds monétaire international et d’aborder la restructuration de la dette. Le paramètre lié au prix du baril de pétrole et la tendance que nous observons donnent l’espoir que le pays devrait se relever et aller dans le bon sens.

Pour ce qui concerne la SNPC, l’année passée, nous l’avons déjà annoncé. On a quand même payé un premier dividende à l’Etat. Mais, cette année, nous sommes en train de travailler pour réduire les coûts et faire en sorte que l’Etat puisse regarder autrement la société nationale.

L.D.B. : Les champs pétroliers au Congo sont en majorité arrivés en phase de maturité. La SNPC peut-elle s’engager dans d’autres blocs ?

M.R.O. : La prise de participation dans les blocs est règlementée. Le nouveau code des hydrocarbures permet que nous soyons titulaires sur la plupart des permis. On ne peut pas renoncer à prendre les nouveaux blocs.  Mais, nous devons nous concentrer sur MKB, quitte à chercher les partenaires pour s’engager dans d’autres blocs. Mais, notre attention doit être portée sur MKB. L’Etat en confiant MKB à la SNPC, avec une fiscalité abordable, c’est un message fort pour que nous puissions occuper la place dans la production pétrolière au Congo.

Pour les nouveaux blocs, la SNPC est évidemment déjà partie prenante puisque la loi le lui autorise. Pour une société, s’il n’y a pas de nouveaux blocs, c’est comme si on travaillait sans préparer l’avenir. Aujourd’hui, nous sommes, par exemple, en partenariat dans la partie nord du pays pour exploiter le bloc Ngoki. Avec le partenaire concerné sur ce permis d’exploitation, nous allons faire en sorte que nous puissions commencer réellement à travailler l’année prochaine. Tout le matériel est sur place, j’ai eu la chance d’y aller. Nous devons conjuguer les efforts pour réaliser un premier forage sur ce bloc. Dans les thèmes qui sont en mer très profond, je pense que nous devons commencer par là où nous pouvons poser le pied. Nous sommes aux côtés des partenaires en train de travailler pour préparer l’avenir, parce que l’exploration c’est le pétrole de demain.

L.D.B : La Congolaise de raffinage (Coraf) ne couvre pas la totalité des besoins nationaux en produits pétroliers. Vous êtes administrateur général de la Coraf, est-ce qu’il est envisagé de doubler la capacité de cette société ?

M.R.O. : Nous avons rappelé à l’Etat que l’usine était construite pour assurer la souveraineté énergétique du Congo. Ce n’est pas un projet au hasard. Voilà pourquoi, nous regardons de très près tout ce qui touche à la Coraf, la viabilisation des installations, la sécurité, la gestion des hommes.

Dans la partie sud du pays jusqu’à Dolisie, on ne connaît pas de pénurie de carburant. Cela signifie que la Coraf contribue réellement dans l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. Le goulot d’étranglement, c’est la route. La contribution de la Coraf est d’environ 55 à 60%. Cette unité vit en partie grâce à l’apport de l’Etat à travers le contrat de performance, négocié par ce dernier avec le Fonds monétaire international. Il était question à l’époque de voir l’impact de la Coraf sur le budget de l’Etat. Ce contrat a pris fin depuis le 30 juin 2018. Il faudrait que l’Etat puisse nous aider à mettre en place un nouveau contrat pour faire en sorte que nous nous retrouvons. Nous vivons les mêmes prix à la pompe depuis 2010. Dans d’autres pays, ils sont libres, l’Etat n’intervient pas. L’Etat a pensé qu’il fallait administrer les prix pour l’intérêt des Congolais.

La Coraf joue également un rôle de régulateur dans le système d’approvisionnement des produits pétroliers. Pour augmenter la capacité de la Coraf, nous avons la deuxième phase de développement de l’usine qui devrait nous permettre de traiter le fuel sur place. Cela permettrait d’augmenter la capacité de la raffinerie pour fournir les produits blancs (essence, gasoil, etc.). Le projet est là, en dehors de celui du siège qui vient d’être inauguré. Il y a beaucoup de choses qui sont faites dans cette usine. Nous irons doucement pour éviter de faire entrer la raffinerie dans le cycle de l’endettement en faisant de sorte qu’avec la ressource disponible nous puissions augmenter sa capacité, moderniser l’unité et former les agents.

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