Paul Moukila Sayal, baobab éternel




Dans la voûte céleste où brillent les étoiles du très fermé club des Ballons d’or du championnat africain, l’image de Moukila Sayal luit, étoile polaire rassurante, comme le phare oriente le batelier perdu vers la berge insouciante. Voici déjà 45 ans, depuis Mehalla 1974, qu’il est là-haut au firmament, témoin et consolation des années héroïques du football congolais.

Né le 6 juin 1950 à Souanké, dans le département de la Sangha, où son père était affecté, Paul Moukila éblouit les amoureux du football pendant la semaine culturelle de 1968. L’AS Bantou aux couleurs violet et blanc, club des illustres Sivory et Mananga « l’enfant de l’homme », se dépêche alors de mettre en valeur cette pépite. Les militaires de l’Interclub, qui recherchent du sang frais, s’en empareront rapidement en faisant de Moukila un soldat.

Mokili Sayo, star du football kinois des années 1960, régnait jalousement en maître des arènes de l’autre côté du fleuve. Il sera un modèle pour le jeune  Moukila. En hommage à son idole et moyennant un petit jeu lexical, Mokili Sayo sera transformé en « Moukila Sayal ». Il était « Sayal », le petit Sayo, c’est-à-dire le fils spirituel, l’héritier footballistique de Mokili Sayo. La suite montra que son inspiration ne l’avait pas trahi : l’élève fut à la hauteur de la dignité du maître.

Sélectionné pour l’aventure de Yaoundé 1972, le jeune adolescent, joueur remplaçant, tempéra les ardeurs des Lions marocains en donnant une égalisation salutaire au onze national congolais. A l’époque, à la place des prolongations, on départageait les protagonistes par un inquiétant tirage au sort. A ce jeu de quitte ou double, le Maroc mordut la poussière, l’épopée des Diables rouges commença.




Prêté au Club athlétique renaissance aiglons (Cara) pendant la campagne des clubs champions de l’année 1974, Moukila Sayal, qui composait avec Lakou Abossolo, Mamounou Bala, Poaty Hidalgo l’attaque  bazooka du Cara, fit voir de toutes les couleurs aux autres prétendants africains au titre de champion. L’addition fut très salée pour les clubs kinois Vita Club et Imana (Daring Club Motema Pembe) qui refluèrent chaque fois en désordre vers Kinshasa, déboussolés par d’éloquents 4-0 !

Les Egyptiens du club de Mehalla, qui vinrent défier Sayal et les siens, au stade de la Révolution (aujourd’hui Alphonse-Massamba-Débat), se voyaient déjà en vainqueurs de l’épreuve finale pour avoir réussi l’exploit de limiter les dégâts en terre congolaise, rentrant chez eux dans le delta du Nil avec dans la besace quatre buts encaissés et deux marqués. C’était vendre la peau du tigre avant de l’avoir tué. Invocations à Allah, prosternations, tam-tams, rien n’y fit. Mehalla fut dégonflé et dispersé. Au sifflet final, Sayal et sa bande avaient de nouveau enfoncé le club égyptien par le score de 2 à 1. Cara, champion d’Afrique, son stratège Moukila Sayal fut élevé à la dignité de « Ballon d’or» africain de 1974.

Avec ADIAC

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