Royaume-Uni: accueil mitigé des Londoniens à la venue de Trump

La visite d’État officielle de Donald Trump au Royaume-Uni débute ce lundi 3 juin. Le président américain sera reçu par la reine Elisabeth II avant d’aller se recueillir sur la tombe du soldat inconnu à l’abbaye de Westminster. Une visite de trois jours qui ne manque pas de faire parler d’elle.

Le président Donald Trump a atterri à l’aéroport de Stansted au nord de Londres au milieu de la matinée du 3 juin, écrit notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix. En attendant, tout est fin prêt dans la capitale pour le recevoir : le drapeau américain flotte aux côtés de l’Union Jack britannique tout au long du Mall, la grande avenue qui mène de Trafalgar Square à Buckingham Palace. C’est là que l’accueilleront la reine accompagnée du prince Charles et de sa femme Camilla.

Cette première journée de visite sera tout entière consacrée à la pompe et aux cérémonies comme le souhaitait Donald Trump, qui attendait depuis longtemps cette visite avec tous les honneurs et surtout les membres de la famille royale. Des tirs de canon salueront l’arrivée du président et de la première dame Melania Trump au palais où ils déjeuneront en privé avec Elisabeth II. Puis, après un petit détour par l’abbaye de Westminster, les Trump iront prendre le thé avec Charles et Camilla dans leur résidence de Clarence House avant d’assister à un grand banquet le soir à Buckingham. Mais tout se déroulera loin du public alors que des centaines de milliers de personnes s’apprêtent à protester contre la venue de Donald Trump et notamment lors d’un grand rassemblement à Trafalgar square demain.

Une « diplomatie sans garde-fou »

Donald Trump sait faire parler de lui. Parmi les hommes politiques britanniques, soit on attend son soutien électoral avec impatience, comme Boris Johnson, soit on sort les armes, comme c’est le cas du maire de Londres, le travailliste Sadiq Khan qui le comparait à un fasciste du XXe siècle dans la presse dominicale. Mais les Londoniens, quant à eux, voient cette visite d’État comme une conséquence malheureuse, bien qu’inévitable, soulignenotre autre correspondante à Londres, Marina Daras.

« Je pense que c’est de la diplomatie sans garde-fou, commente une jeune femme. Je comprends que le Royaume-Uni veut garder des relations fortes avec les États-Unis et je comprends qu’en politique on essaie de faire en sorte que tout le monde soit content. Cependant, Trump représente ce qu’il y a de pire aux États-Unis et en l’être humain en général et, franchement, si cela ne dépendait que de moi ou de la plupart des gens, nous n’aurions rien à faire avec lui. Mais voilà, il est président. »

« Non, je ne suis pas vraiment d’accord avec l’idée d’avoir à payer pour qu’un milliardaire vienne dans notre pays, surtout s’il est si controversé et déraisonnable, souligne un homme. Mais en même temps, si le Brexit se produit – ce que je ne souhaite pas –, nous aurons besoin d’avoir de bonnes relations avec d’autres pays. Nous ne voulons pas que cela se produise, mais en même temps, on ne peut certainement pas y échapper. »

D’importantes manifestations sont annoncées à Londres dans les jours à venir. La participation est encore incertaine, mais les groupes d’opposition comptent bien perturber la visite du président américain.

■ Trump se soucie peu des conventions établies

Et avant même d’arriver à Londres, le président américain n’a pas hésité à donner son avis tranché sur la politique locale, critiquant notamment la Première ministre démissionnaire Theresa May ou affichant son soutien à Boris Johnson, qui lorgne la direction du gouvernement.

Avec notre correspondant à New York,Grégoire Pourtier

Malgré certaines difficultés depuis qu’il est à la Maison Blanche, Donald Trump se considère toujours comme un expert de la négociation. Lui, qui a bien peu d’affinités avec les Européens continentaux, a ainsi un conseil radical à donner aux Britanniques concernant le Brexit.

« Si vous n’obtenez pas l’accord que vous voulez, alors quittez la table des discussions », recommande-t-il, estimant même que la Première ministre Theresa May s’est fait avoir par ses interlocuteurs européens.

Et Donald Trump d’ajouter que dans une position équivalente, lui, refuserait de payer les quelque 40 milliards d’euro que Londres devrait déboursement au titre de ses engagements pour le budget pluriannuel européen en cours.

Dans la même veine, Donald Trump a aussi rappelé son estime pour Nigel Farage, désormais leader du parti du Brexit, ainsi que pour Boris Johnson, qui ferait « un excellent Premier ministre ». Et dans un tweet publié quelques minutes seulement avant l’atterrissage de l’avion, le président américain a traité le maire de Londres Sadiq Khan de « loser total ».

Même si Donald Trump ne cache pas qu’il anticipe déjà le potentiel d’un nouvel accord commercial entre son pays et la Grande-Bretagne, ces commentaires sans filtre sur la politique intérieure d’un pays allié détonnent.

Et puis comment va-t-il donc se comporter ce lundi avec la reine ? Plusieurs membres de la famille royale sont déjà en froid avec lui. Exemple : même s’il nie, un enregistrement audio confirme bien qu’il a traité de « méchante » Meghan Markle, l’épouse américaine du prince Harry, critique envers lui.

Avec RFI

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