[Tribune]: de l’école au citoyen, le Congo est un pseudo Etat

L’essentiel de la construction de la personnalité d’un individu se joue avant son entrée à l’école, même lorsque cette entrée se fait au cours de la troisième année de naissance. On l’oublie parfois, mais, de la maternité à l’entrée à l’école maternelle, le chemin parcouru est considérable.

L’école a pour fonction de transmettre et de construire des savoirs, mais elle a également pour mission de préparer l’adulte de demain à vivre en société, à vivre dans sa société. Outre des savoirs, on lui demande de transmettre des valeurs et des normes de comportement, de créer du lien sociale, de construire des solidarités transversales et de former des citoyens.
Ce n’est pas pour rien que la plupart des Etats sérieux et civilisés consacrent leurs plus grands budgets à l’éducation, la formation et la recherche.

A contrario, les pseudo Etat sont ceux dans lesquelles l’école est mal lotie. L’école demeure et reste le premier terrain d’action de l’éducation, de la socialisation et même du développement d’un pays.

La réussite de notre pays le Congo-Brazzaville en matière de développement humain, social et économique repose donc, en grande partie, sur sa capacité à former des citoyens et des professionnels capables de participer au développement d’une société cohérente dans le lequel le bien-vivre-ensemble serait en perpétuel construction.

C’est à l’école, dès la petite enfance, entre huit et onze ans qu’on détecte les capacités intellectuelles et cognitives des futurs citoyens. C’est à l’école que l’on forme les futurs adultes à la morale, au civisme, au patriotisme, aux valeurs admises dans la société et même aux capacités sportives.

La citoyenneté ne se transmet pas par le seul discours, et le travail sur les comportements et les valeurs est une entreprise de longue haleine qui prend son sens pour les élèves à partir de ce qu’ils vivent au quotidien. Le défi est donc d’examiner non pas les seuls textes, discours, programmes et autres expressions d’intentions officielles qui font régulièrement l’objet d’analyses, mais le vécu des élèves dans toutes ses dimensions, qu’il s’agisse des enseignements spécifiquement rattachés à l’éducation à la citoyenneté, ou bien des messages – programmés ou non – véhiculés par la vie quotidienne au sein de la classe et de l’établissement, ou qui parviennent de l’extérieur de l’école.

En même temps, la conception même du « citoyen » est empreinte d’histoire, de traditions politiques et de considérations sociales, et le rôle attendu de l’École est loin de faire l’objet d’un consensus. Autrement dit, si le terme « citoyen » est aisément traduisible, la réalité qu’il recouvre n’a de sens qu’en référence à un contexte social, politique et culturel propre à chaque pays.

Quelle citoyenneté ?
Que recouvre la notion de citoyenneté ? Plusieurs contributions renvoient aux droits de l’homme. Cette référence à vocation universelle entre toutefois en tension avec les particularismes nationaux issus du lien historique de la citoyenneté à l’État-Nation. Ces particularismes se reflètent dans la grande diversité des entrées par lesquelles la citoyenneté est abordée par les auteurs.

La diversité des conceptions de la notion même de citoyenneté se traduit par le fait qu’aucune dimension de la citoyenneté n’est présente dans tous les textes, pas même la dimension « politique », ce qui ne signifie évidemment pas que la connaissance du fonctionnement des principales institutions démocratiques n’entre pas dans les apprentissages programmés. On peine toutefois à cerner un noyau de contenus sur lequel chaque pays s’accorderait.

Les bons citoyens sont activement engagés au sein de leur communauté pour améliorer les conditions de leurs concitoyens. Ils sont fiers de l’endroit où ils vivent et luttent pour son amélioration. Nous voulons tous être vus comme de bons citoyens et avec un peu d’idée et d’effort, tout le monde peut l’être.

La citoyenneté dans et par l’école
La citoyenneté constitue déjà en soi un concept complexe et sujet à débats. Sa mise en œuvre à l’école soulève à son tour une nouvelle série d’interrogations, à commencer par celle de savoir dans quelle mesure l’École porte la responsabilité de la formation du citoyen. Les textes s’accordent largement à faire de l’institution scolaire un acteur majeur en la matière, mais rappellent aussi qu’elle est loin de se trouver en situation de monopole en soulignant le rôle d’autres acteurs tels que les ONG, les médias, les grands intérêts commerciaux, la communauté locale, les parents, etc.

Bien que la formation du citoyen revienne aujourd’hui très largement – mais non exclusivement – à l’École, ses modalités, sa visibilité et son investissement idéologique sont très variables. De même que la place de la formation du citoyen dans les missions de l’École varie, sa mise en œuvre revêt une multitude de formes suivant les pays. Ici, elle donne lieu à une discipline à part entière ; ailleurs, elle est prise en charge par d’autres matières telles que les sciences humaines ; elle peut aussi être comprise comme une expérience concrète de la démocratie ou comme une combinaison de ces différentes modalités laissée à l’initiative de l’établissement.

Un même objectif, tel que la connaissance du fonctionnement du parlement, peut passer par un cours spécifique d’éducation à la citoyenneté, par un cours de sciences sociales, un dispositif ponctuel tel qu’une simulation d’élection dans l’établissement ou un parlement des jeunes organisé à plus grande échelle1.
Définir un citoyen « idéal »

L’éducation à la citoyenneté recouvre des domaines divers, mettant en tension un pôle politique et un pôle moral.
Elle peut œuvrer au changement – tel est le sens des dispositifs de participation active à la vie démocratique – ou tendre à pérenniser des règles, des codes de comportement, voire des hiérarchies préexistantes. Notons encore les valeurs, évoquées par tous les auteurs comme un élément fondamental de la citoyenneté, mais sans qu’un consensus s’établisse sur leur contenu : seront-elles humanistes, patriotes, multiculturelles, etc. ?
Outre le problème du contenu des valeurs se pose celui de leur détermination : les valeurs doivent-elles être « transmises » aux élèves, ou est-ce à eux de déterminer leurs propres valeurs.

P E MAMPOUYA

Catégories Opinion

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