[Tribune]: les congolais ont peur




LA PEUR est une émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d’un danger ou d’une menace. En d’autres termes, la peur est une conséquence de l’analyse du danger et permet au sujet de le fuir ou de le combattre

LA PEUR peut se manifester par des tremblements, une hausse de la fréquence cardiaque, un écarquillement des yeux et une perturbation du rythme respiratoire. Dans certains cas, une peur soudaine peut provoquer le besoin de pousser un cri.
La peur peut aussi provoquer une paralysie momentanée partielle et parfois complète, allant jusqu’à une perte de conscience.




LES CONGOLAIS ONT PEUR. Une peur qui les paralyse et qui les pousse à accepter l’inacceptable, une peur qui les contraints à l’inaction une peur qui les pousse vers le suicide collectif.

Même les plus courageux, les plus forts, les plus instruits, les intellectuels et ceux qui savent n’osent pas dénoncer ce qui ne va pas. Beaux parleurs, jonglant avec les mots jusqu’à l’étourdissement pour se mettre en valeur, narcissiques à souhait, les congolais deviennent complètement aphones dès qu’on leur parle de politique. Et pourtant, la politique impacte leurs vies, la politique façonne leurs destins comme disait l’autre, si vous ne vous occupez pas de la politique, la politique s’occupera de vous tout simplement parceque la politique est au-dessus de tout le reste. Pas d’économie, pas de social, pas d’éducation, pas de développement, pas de travail, pas de paix, pas de stabilité, ect.., sans LA POLITIQUE.

LES DÉCISIONS POLITIQUES IMPACTENT VOTRE VIE ET LE DEVENIR DU MONDE.

Quand ils se sentent à l’abri des oreilles indiscrètes, calfeutrer dans leurs domiciles ou dans un environnement qu’ils contrôlent parfaitement, là seulement les congolais osent s’exprimer et dire vraiment ce qu’ils n’osent pas dire sur la place public. Traumatisés par les violences politiques récurrentes dans le pays, désabusés par les mauvaises décisions des hommes politiques qui ne tiennent presque jamais leurs promesses et qui les font vivre comme des bêtes, les congolais transpirent et sentent la peur comme d’autres sentent le parfum.




Au Congo, la peur est palpable, elle se transmet de génération en génération car même les jeunes qui n’ont jamais vécu les guerres, ni connus les soubresauts politiques ont peur. Là où les parents racontaient des contes, des fables et des histoires de père noël aux petits enfants, les congolais racontent les violences qu’ils ont vécus et leurs destins contraries.

Passé un certain âge, l’individu devient conservateur du fait qu’il ait construit des maisons, une famille, une vie ect…. Dans tous les pays du monde ce sont les jeunes qui sont à l’avant-garde des changements, du développement et de la prise de risque. Au Congo-Brazzaville, les jeunes deviennent des conservateurs avant même d’avoir construit quoi que ce soit, avant d’avoir construit une famille. Il n’est pas rare de trouver des jeunes qui militent pour l’immobilisme et soutiennent ceux-là même qui ont brisés leurs destins. C’est ici que le syndrome de Stockholm trouve son apogée.

Les congolais qui parviennent à sortir du pays pour vivre leurs vies à l’étranger ont peur. A la faveur des crises économiques, politiques ou simplement pour poursuivre leurs études, beaucoup de congolais ont quitté le pays, ces congolais représentent une diaspora dynamique, vigoureuse et instruite mais, cette diaspora est aussi paralysée par la peur. Beaucoup de membres de cette diaspora ne s’impliquent pas pour impacter sur la vie politique de leur pays, préférant aider les leurs à survivre en leur faisant parvenir des dons en nature ou en argent.

En fait, chaque congolais vie dans une sorte de paranoïa qui le pousse à ne pas réclamer ou revendiquer ses droits et à s’abstenir pour ne pas frustrer les hommes de pouvoir ou les autorités qui gèrent le pays quoi qu’ils fassent. La violence du régime en place n’explique et surtout n’excuse pas cet attentisme car ailleurs, dans d’autres pays, les gens luttent pour essayer de se construire un autre avenir.

Les journalistes s’autocensurent, les intellectuels ne s’indignent plus et les enseignants enseignent l’histoire officielle, une histoire racontée et écrite par les vainqueurs de la guerre, une histoire que ceux qui l’ont vécue et qui sont encore vivant taisent. Être opposant ou se réclamer de l’opposition est devenu pour les congolais un acte de bravoure. Les opposants sont devenus des extra-terrestres, des pestiférés avec lesquels on n’ose pas se montrer, on n’ose pas parler et on n’ose pas commercer par peur d’être soi-même catalogué comme étant de l’opposition. Ceux qui osent dire NON rasent les murs.

La PEUR est l’émotion la mieux partager au Congo car même les dirigeants ont peur. Les autorités ont peur qu’une révolte sourde ne les prenne au dépourvu et les emporte pour les dépouiller de leurs attributs (les attributs du pouvoir). Alors ils multiplient les protections ; on n’est jamais assez prudent. Il n’est pas rare de rencontrer une autorité se faire garder par un mini bataillon d’hommes lourdement armés jusqu’aux dents. On rencontre régulièrement des autorités faire leur jogging matinal en compagnie de leurs gardes rapprochées ou faire leurs emplettes accompagnée d’hommes en armes.

Les soubresauts politiques et les révolutions qui bouleversent régulièrement le reste du monde ne rassurent pas les autorités congolaises qui voudraient ne rien changer à leurs habitudes, à la mauvaise gouvernance, à l’opacité dans la gestion, bref au mauvais fonctionnement du pays. Il n’y a qu’à observer les engins de mort et le niveau de sécurité mise en place pour accompagner les déplacements de moins de dix kilomètres de la plus haute autorité du pays. Les barrages routiers dans les villes de Brazzaville et de Pointe-Noire en temps de paix sont les signes le plus visibles de cette peur.




Cette peur indicible, quasi maladive les rend incapable de changer leurs conditions de vie et, cette incapabilité les fait tourner vers Dieu, en croyant que celui-ci est encore capable de faire des miracles pour eux. Le monde appartient à ceux qui osent disait l’autre, il faut donc oser, oser toujours et oser encore quelques soient les difficultés de la tâche.

Aucun congolais ne croit plus à la paix chantée pourtant à toutes les sauces par ceux-là même qui ont des mitraillettes dans leur attaché case, chacun est convaincu que le cycle des violences politiques n’est pas terminé et pourtant tout le monde prône la paix dans les églises, dans les partis politiques et dans les associations tout en usant des stratagèmes plus ou moins compliqués afin de ne pas être la victime des prochaines violences

P.E MAMPOUYA

Catégories Opinion

Laisser un commentaire