Valérie Sana : « Tenir bon, c’est possible. Moi j’ai trouvé l’écriture »

Adjointe administrative au Quai d’Orsay, la Franco-Congolaise est passionnée des belles lettres. Après son premier roman « L’envol », elle vient de publier un deuxième, « Rendez-moi mes amours », toujours à L’Harmattan. Des ouvrages dont le produit des ventes sera consacré à la lutte contre le cancer. Elle en parle avec beaucoup d’enthousiasme. Entretien.

 Valérie Sana, en l’espace d’une année, vous venez de publier un deuxième roman, n’est-ce pas l’éclosion d’une vocation ?

Valérie Sana (V.S.) : Peut-être… Je ne sais pas. Dans tous les cas, mon envie est là d’encourager les parents d’enfants malades à l’évasion (par n’importe quel moyen de distraction ou de création que ce soit), tout en restant auprès d’eux. Tenir bon, c’est possible. Moi j’ai trouvé l’écriture. Elle me vient lorsque je suis au chevet de mon enfant, lorsqu’il faut être présente et silencieuse, lorsque vous submergent les émotions, remontent les beaux souvenirs et s’impose la patience. Cela était le cas au mois de décembre dernier, lorsque j’ai commencé ce deuxième roman. Rien de dramatique, une grippe fâcheuse qui ne voulait pas partir. Cela dit, je serai ravie de pouvoir amorcer un projet littéraire autrement que dans de telles conditions. Mais il faut du temps pour écrire. Je pense à celui que je ne veux pas ôter à ma famille, lorsque je ne suis pas au travail… Nous verrons bien comment seront reçus mes deux écrits et si cela vaut la peine de continuer. Souhaitons que oui ! J’aimerais beaucoup…

Pourquoi cette préférence du genre littéraire romanesque ?

V.S. : S’agit-il vraiment d’une préférence ? Produire un roman, ce n’était pas voulu, aucunement calculé. La vie m’en a donné l’opportunité : le temps passé à l’hôpital, l’œil et l’avis avisés d’une bonne amie amoureuse de littérature, l’acceptation du tapuscrit par un éditeur à vision internationale… Puis la suite m’a été réclamée. Le fait est que dans un roman, on peut tout dire. Nul besoin que cela soit vrai. Pourtant, on veut y croire. Alors, on s’investit dans l’histoire et dans l’écriture. Il y a de quoi occuper l’esprit ! Je n’écris pas tous les jours, loin de là, mais j’aime assez les rimes. Parce que je suis faite de musique. Oui, ce serait peut-être là ma préférence. Si on m’avait demandé, avant que mon enfant ne tombe malade, ce que j’aurais aimé écrire ou été capable de produire, j’aurais répondu : « peut-être un recueil de poèmes ». Ce qui me vient le plus facilement, c’est écrire des textes de chanson. J’ai presque toujours une musique dans la tête – que personne n’entend, mais qui m’anime et m’inspire profondément. Rien de transcendant, c’est juste ce qui me correspond vraiment. Il m’est arrivé, comme bon nombre, de coucher des rimes sur du papier ou sur une page électronique. Celles-ci restent la plupart du temps de l’ordre de l’intime, un partage amical, le témoin d’une complicité. Je suis assez pudique sur ce genre d’écrits. Non, je n’avais pas décidé d’écrire un roman. J’ai écrit, et c’est devenu un premier roman, puis un deuxième. C’est peut-être comme ça, lorsqu’on a des choses à dire, à transmettre, ou à sortir de soi. Je me suis amusée… à jouer avec des personnages et des mots.

 Pouvez-vous donner aux futurs lecteurs un avant-goût sur la trame du récit ?

V.S. :   Avec plaisir ! D’abord, je dois préciser que si « Rendez-moi mes amours ! » est la suite de « l’Envol », elle peut se lire indépendamment. Les personnages principaux reviennent, le rythme est

cependant différent. Dans le premier livre, l’action se déroule sur neuf mois. Dans le deuxième, elle se déroule essentiellement sur une semaine. Les thèmes principaux sont également différents. Si vous le voulez bien, Pour résumer l’ensemble, on peut dire qu’il s’agit d’une histoire romantique, avec un peu de suspense. L’histoire commence quand Momo annonce à Mathilde qu’il veut se marier (une bonne nouvelle normalement…) avec une fille du Congo qu’il n’a jamais vue ! Pour Mathilde, c’est tout simplement impensable. Elle essaiera donc de raisonner son ami, tentera d’obtenir l’appui de son entourage. Mais dans son entreprise, elle sera confrontée à la complexité du choc des cultures. L’âge de Mathilde est important, parce qu’elle va se donner des objectifs à accomplir avant ses 40 ans, parmi lesquels la mission folle de retrouver l’amour d’enfance d’Euphémie. Ceci dans l’intérêt de Momo, pense-t-elle.

Le deuxième roman commence lorsque Mathilde vient de fêter ses 40 ans. Il n’est plus question de mariage cette fois, mais principalement de relations amoureuses ou amicales, et tout ce qu’il y a de complexe à les vivre. Ceci est valable pour l’ensemble des personnages. Il est question également du déracinement : le sentiment d’un personnage né en France qui vit maintenant au Congo et celui d’un personnage né au Congo qui vit en France. Comment et pourquoi juger l’amour d’autrui ? Quel impact peut avoir l’intervention d’une tierce personne dans une relation qui ne la regarde a priori pas ? On voit les points de vue de chacun évoluer, converger ou diverger. Surtout, je me suis régalée à faire des allers et venues entre la France et l’Afrique noire, principalement le Congo qui occupe une part plus importante ici. Certaines personnes connues dans mon adolescence se reconnaîtront peut-être… Il y a aussi un côté « espion » avec les personnages secondaires qui pimentent l’action. A découvrir !

On retrouve presque les mêmes personnages dans les deux romans, certes avec des intrigues différentes mais toutefois amoureuses ; que voulez-vous donc transmettre au fond ?

V.S. :  Un message d’amour ! (rires), des messages d’amour, toujours ! Au-delà des frontières. Mon cœur en est plein…A vrai dire, des lecteurs de « l’Envol » m’ont fait savoir qu’ils attendaient une suite à ce premier roman. Ils étaient enthousiastes, cela m’a bien évidemment touchée et donné des ailes. Alors, pour les remercier et parce que l’envie était là, j’ai écrit cette suite. Cela m’a pris deux mois et demi. C’est aussi simple que cela. L’écriture a été rapide, je connaissais bien mes personnages, les lieux, et j’avais une idée assez précise de ce qu’ils allaient devenir… Ce n’est pas du travail négligé pour autant. Non, j’ai voulu respecter mes lecteurs et moi-même, et aussi les causes solidaires qui me tiennent à cœur. Je suis entièrement satisfaite du résultat. Je voulais aussi et surtout rendre hommage à l’Amour avec un grand A.

Votre attachement à la lutte contre le cancer est pour une énième fois tangible, car vous consacrez une bonne partie de la vente de vos ouvrages pour cette cause. Concrètement, constatez-vous une certaine amélioration sur le terrain ?

V.S. : L’intégralité de mes éventuels droits d’auteur pour être exacte. Je dis « éventuels » car il faut des acheteurs… Mes droits de « l’Envol » sont destinés à la recherche pour la lutte contre le cancer des enfants. S’agissant de « Rendez-moi mes amours ! », c’est à l’hôpital Necker, dit hôpital des enfants malades, que je les destine. Je ne toucherai aucun centime sur les ventes, pas un sou. Je souhaitais pouvoir participer à ma façon, en proposant ces causes solidaires, au bien-être des enfants. Les avancées de la recherche sont importantes pour l’humanité tout entière. Les retombées ne sont pas réservées à une population donnée. J’ai côtoyé des enfants de tous horizons à l’Institut Curie. L’hôpital Necker, lui, reconstruit les enfants que le cancer a pu amputer d’un ou plusieurs organes. Cela peut prendre des années. Notre soutien est indispensable. Le combat est loin d’être gagné, mais tout avance. Vous dire ce que je constate sur le terrain serait pure invention. Je ne suis pas sur le terrain, pas partout. Je sais seulement qu’il y a encore beaucoup à faire.

Avec ADIAC

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